Ali au Capuchon, le fugitif de la pluie

Ali au Capuchon, le fugitif de la pluie

Ali au Capuchon, le fugitif de la pluie
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Il pleut, enfin. Un homme surpris en pleine campagne relève son capuchon et court vers le douar. Les chiens aboient, le prennent pour un étranger. Ce fugitif trempé a un nom chez les Berabers du Moyen Atlas : Ali au Capuchon. Émile Laoust a recueilli sa légende en 1920, dans des chants que presque plus personne ne chante aujourd’hui.

Un mannequin, pas une poupée

Là où la plupart des tribus amazighes promènent Taghonja, une cuiller de bois habillée en mariée, les Berabers du Moyen Atlas font tout autrement. Leur effigie de pluie n’a rien de féminin : c’est un capuchon de burnous, bourré de tissu, qu’un garçon porte sur l’épaule.

Le nom change selon les villages — Ali fils d’Ali chez les Ichqern, ‘Addji au Capuchon chez les Izayan, la même figure encore chez les Aïth Seghrouchen et les Ibouhasousen. Sur l’origine exacte du personnage, Laoust reste honnête : il avoue lui-même manquer de renseignements.

Le rituel des hommes

Chez Taghonja, ce sont les femmes et les enfants qui mènent la procession. Ici, ce sont les hommes.

Le déroulé, pourtant, reste identique point pour point : on porte le mannequin autour du douar, on s’arrête devant chaque tente, on asperge d’eau les participants, on recueille des offrandes pour un repas commun. Seuls changent l’effigie — et les paroles qu’on lui chante.

Les chants d’un fugitif

C’est dans ces chants que se dessine le vrai personnage d’Ali. Ce n’est pas un dieu qu’on implore : c’est un homme qu’on met en scène, surpris, poursuivi, trempé.
Les Izayan racontent :

« La pluie l’a chassé vers le douar ! Les chiens l’ont dévoré, et le roquet l’a achevé ! »

Chez les Aïth Seghrouchen, la pluie devient un déluge domestique :

« Nous sommes noyés par l’eau ! Mesâoud, apporte la pioche ! »

Chez les Aïth Ibouhasousen, la pluie doit toucher Ali :

« Ali, Ali au Capuchon ! Touche-le ô Pluie ! »

Difficile de ne pas sourire devant ces vers : Ali, capuchon rabattu, souffle court, chiens aux trousses, incarne moins un dieu qu’un villageois pris de court par l’orage — et c’est peut-être justement là, dans cette proximité presque comique, que résidait la force du charme. Décrire la pluie qui frappe, c’était déjà l’appeler.

Un mystère resté entier

Émile Laoust ne donne aucune explication à la présence de cette étrange figure masculine. Il constate seulement que les rites où apparaît une effigie d’homme semblent alors propres aux Berabers du Moyen Atlas, tandis qu’ailleurs c’est presque toujours une figure féminine — Taghonja, la fiancée de la pluie — que l’on promène.

Le mystère s’épaissit même chez les Aït Seghrouchen : Laoust y recueille les chants d’Ali au Capuchon, mais décrit aussi, quelques pages plus loin, une procession menée par les femmes autour d’une tislit n unzar, une « Fiancée de la Pluie ». Deux figures, masculine et féminine, apparaissent ainsi dans un même univers rituel sans que Laoust puisse nous dire comment elles s’articulaient. Ali reste donc ce qu’il était déjà pour l’ethnographe en 1920 : un personnage légendaire …

« … sur le compte duquel nous manquons de renseignements »

Emile Laoust

A lire : Les rites de la pluie en pays amazigh : Anzar, Taghonja et la magie de l’eau

À découvrir aussi: Taghonja, la fiancée de la pluie

Avis de la rédaction

Cet article s’appuie sur le chapitre « Le Temps, l’Atmosphère, le Ciel » de Mots et choses berbères d’Émile Laoust (1920).

Ali au Capuchon n’a pas la notoriété de Taghonja, et pour cause : le rite est resté cantonné au Moyen Atlas, loin du Sud-Est. On le publie ici pour sa rareté documentaire — et parce qu’un fugitif trempé, poursuivi par les chiens d’un village qui ne le reconnaît pas, a quelque chose d’universel qui dépasse sa région d’origine.

Une précision de vocabulaire, pour finir : le terme « Berabers », que Laoust emploie pour désigner ces tribus du Moyen Atlas, est propre aux études berbérisantes de son époque. Il regroupe les locuteurs du tamazight du Moyen Atlas et du Haut Atlas central, par opposition aux Chleuhs du Souss et de l’Anti-Atlas, qui parlent le tachelhit. Une classification d’un autre temps, mais qu’on retrouve dans toute la littérature berbérisante ancienne — et qu’il fallait donc situer ici.

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