La vallée de Zagora
La vallée de Zagora

Découvrir Zagora : vallée du Drâa, oasis et portes du Sahara

L’intérêt de Zagora apparaît lorsqu’on cesse de la considérer uniquement comme un point de départ vers le désert. La ville se trouve au cœur de l’un des grands paysages historiques du Sud marocain : la vallée du Drâa, longue oasis où l’eau, les palmiers, les villages de terre et les anciennes routes caravanières ont permis aux hommes de vivre et de circuler aux marges du Sahara.

Sommaire

Zagora et ses environs en un coup d’oeil

Zagora est le point d’appui de cinq étapes de la vallée du Drâa : Agdz et Tamnougalt, sa palmeraie, Tamegroute et Tinfou, M’Hamid El Ghizlane et l’Erg Chigaga. La carte les situe toutes.

Carte schématique de Zagora et de la vallée du Drâa Schéma des cinq étapes de la vallée du Drâa autour de Zagora : Agdz et Tamnougalt, Zagora et sa palmeraie, Tamegroute et Tinfou, M’Hamid El Ghizlane, Erg Chigaga. Distances routières depuis Zagora : Tamegroute 20 km, Tinfou 25 km, M’Hamid 100 km, Agdz 95 km, Ouarzazate 160 km, Marrakech 360 km. Jbel Saghro au nord-est, Anti-Atlas à l’ouest, piste de 55 km entre M’Hamid et l’Erg Chigaga. Zagora vers Marrakech, 360 km Ouarzazate, 160 km Tizi n’Tinififft Agdz, 95 km Tamnougalt Tamegroute, 20 km Tinfou, 25 km M’Hamid, 100 km piste, 55 km Erg Chigaga Jbel Saghro Anti-Atlas Schéma hors échelle. Plein : N9. Tirets : piste. Distances routières approximatives depuis Zagora. Agdz et Tamnougalt Zagora et sa palmeraie Tamegroute et Tinfou M’Hamid El Ghizlane Erg Chigaga 1 2 3 4 5 1 2 3 4 5 Cinq étapes dans la vallée du Drâa

Pourquoi faire étape à Zagora ?

Zagora est d’abord une ville de transition. En venant de Ouarzazate, la route suit pendant des dizaines de kilomètres le ruban fertile du Drâa, entre palmeraies, cultures irriguées, ksour et reliefs arides. Au-delà de Zagora, les palmiers s’espacent progressivement, les terres cultivées se font plus rares et l’espace s’ouvre vers les vastes étendues présahariennes qui conduisent à M’Hamid El Ghizlane.

La ville moderne elle-même ne possède ni grande médina historique ni monument spectaculaire. Son intérêt vient plutôt de sa situation au cœur d’un territoire où se rencontrent depuis des siècles oasis, populations sédentaires et nomades, agriculture irriguée et routes de circulation vers le Sahara.

Zagora est aujourd’hui le centre administratif, commercial et touristique d’une grande partie de la vallée. Son marché, ses commerces et ses services desservent les villages environnants, tandis que voyageurs et expéditions vers le désert y trouvent leur dernier véritable centre urbain avant de poursuivre vers le sud.

Quatre éléments résument son identité :

  • la vallée du Drâa et sa palmeraie ;
  • les ksour et l’architecture de terre ;
  • la mémoire des routes caravanières ;
  • la transition progressive vers le Sahara.

Histoire de Zagora

Le territoire de Zagora est bien plus ancien que la ville actuelle. Depuis des siècles, les populations vivent principalement dans les oasis et les villages fortifiés de la vallée du Drâa. L’eau du fleuve et les réseaux d’irrigation ont permis l’établissement de communautés agricoles dans un environnement pourtant particulièrement aride.

La vallée constituait également un grand axe de circulation entre le nord du Maroc et les territoires sahariens et subsahariens. Marchands, caravanes, voyageurs, pèlerins et pouvoirs politiques ont emprunté ces routes durant des siècles. Le commerce transsaharien reliait notamment les oasis du Drâa aux routes conduisant vers les régions productrices d’or et aux grands centres commerciaux du Sahel.

Le Jbel Zagora, qui domine la ville, conserve les vestiges très ruinés d’une forteresse étudiée par Jacques Meunié et Charles Allain, qui l’identifièrent en 1956 comme d’époque almoravide. Le relief occupait en effet une position stratégique qui permettait de surveiller la vallée et les voies de passage.

La ville moderne se développe surtout au XXe siècle, sous le Protectorat français, avec l’installation de fonctions administratives et militaires. Après l’indépendance, son rôle régional se renforce progressivement jusqu’à devenir celui de chef-lieu d’une vaste province s’étendant jusqu’aux espaces désertiques proches de la frontière algérienne.

Que voir et faire à Zagora ?

Découvrir le centre-ville

Zagora est une ville moderne organisée autour de grands axes, de commerces, de cafés, d’administrations et d’un marché important. Elle ne se visite donc pas comme Marrakech, Taroudant ou une ancienne médina.

La promenade dans le centre permet plutôt d’observer la vie d’un chef-lieu du Sud marocain. Les habitants des villages environnants viennent y commercer, effectuer leurs démarches ou s’approvisionner. Les voyageurs qui poursuivent vers le désert y trouvent également agences, équipements et transports.

Le Conseil provincial de Zagora
Le Conseil provincial de Zagora

Entrer dans la palmeraie

Pour comprendre Zagora, il faut quitter les grands axes et pénétrer dans les espaces cultivés de l’oasis.

Sous les palmiers dattiers apparaissent jardins, parcelles de céréales ou de luzerne, arbres fruitiers et petits canaux d’irrigation. Cette superposition des cultures est l’une des caractéristiques des oasis traditionnelles : le palmier fournit de l’ombre, tandis que les niveaux inférieurs permettent de produire fruits, fourrage et cultures vivrières.

Le contraste avec les reliefs secs qui encadrent la vallée permet de mesurer combien la présence de l’eau structure depuis des siècles la vie humaine dans le Drâa.

La palmeraie n’est pas un parc touristique mais un espace de production et de vie. Il est préférable de rester sur les chemins, de respecter les parcelles cultivées et de demander l’autorisation avant de photographier les personnes rencontrées.

La palmeraie de Zagora
La palmeraie de Zagora

Amezrou, ancien village aux portes de Zagora

Immédiatement au sud de la ville moderne, Amezrou est l’un des lieux les plus intéressants pour comprendre le Zagora ancien.

Le village conserve un habitat de terre dense, organisé autour de ruelles étroites et de maisons imbriquées les unes dans les autres. Il rappelle que bien avant le développement du centre administratif contemporain, la population vivait dans des établissements fortifiés au cœur de l’oasis.

Amezrou abritait autrefois une importante communauté juive. Son ancien mellah conserve une synagogue en terre, de plan triangulaire, qui a fait l’objet d’une campagne scientifique de documentation par photogrammétrie et scanner laser afin d’en produire des relevés et modèles en trois dimensions.

Cette présence juive s’inscrivait dans une histoire beaucoup plus large des communautés juives du Drâa, longtemps actives dans le commerce, l’artisanat et les échanges régionaux.

Le quartier doit être découvert comme un lieu habité et non comme un décor patrimonial. Un accompagnement local permet d’en comprendre beaucoup mieux l’histoire et d’éviter de traverser les ruelles sans en percevoir la signification.

Le Jbel Zagora

La montagne qui domine la ville offre un excellent point de vue pour comprendre le territoire. Depuis ses abords, le contraste entre le ruban vert de l’oasis, les zones urbanisées et les reliefs désertiques apparaît clairement.

Le sommet conserve les vestiges très ruinés d’une fortification ancienne traditionnellement associée aux Almoravides. Plus qu’une visite monumentale, l’intérêt du Jbel Zagora réside aujourd’hui dans sa position dominante et dans la lecture du paysage qu’il permet.

Toute montée vers le sommet doit tenir compte de la chaleur, particulièrement entre la fin du printemps et le début de l’automne.

Le Jbel Zagora
Le Jbel Zagora

« Tombouctou 52 jours »

Le célèbre panneau indiquant « Tombouctou 52 jours » est devenu l’une des images les plus photographiées de Zagora.

Le chiffre évoque le temps attribué au voyage des caravanes entre le Drâa et Tombouctou. La durée réelle variait naturellement selon les itinéraires, les saisons, la disponibilité de l’eau, la taille des caravanes et les conditions du voyage.

Le panneau que l’on photographie aujourd’hui n’est pas un vestige ancien resté en place depuis l’époque caravanière. L’inscription a été popularisée au XXe siècle et ses différentes versions ont été remplacées ou repeintes au fil du temps.

L’endroit vaut donc surtout comme symbole : en quelques mots, il rappelle que Zagora se trouvait autrefois tournée vers un monde où les routes continuaient bien au-delà des frontières actuelles du Maroc.

Panneau Tombouctou à Zagora
Panneau Tombouctou à Zagora

Et autour de Zagora …

Tamegroute et la zaouïa Naciria

Tamegroute est située à une vingtaine de kilomètres au sud de Zagora.

On y trouve la zaouïa Naciria fondée à partir du XVIIe siècle et devenue au fil des années un important centre d’enseignement religieux et de transmission du savoir. Sa bibliothèque est connue pour son fonds de manuscrits anciens touchant notamment à la religion, au droit, à la langue, aux sciences et à la médecine.

La zaouïa est un lieu religieux vivant. Certaines parties ne sont pas accessibles aux visiteurs non musulmans et les modalités de visite peuvent varier : se renseigner sur place.

Approfondir : La zaouïa Naciria de Tamegroute, radiographie d’une naissance

La zaouia Naciria à Tamegroute - par A. Azizi
La zaouia Naciria à Tamegroute – par A. Azizi

Tamegroute possède également une tradition de poterie immédiatement reconnaissable à ses glaçures vertes, brunes et parfois jaunes. Les ateliers et fours restent actifs et permettent de découvrir un artisanat profondément lié au village.

Approfondir : Tamegroute : poteries vertes et bibliothèque Naciria

Poteries de Tamegroute
Poteries de Tamegroute

Les dunes de Tinfou

Quelques kilomètres après Tamegroute, la dune de Tinfou offre un premier contact avec le désert, mais il ne s’agit pas d’une vaste étendue de dunes comparable à l’Erg Chigaga ou l’Erg Chebbi.

Tinfou est donc intéressante comme étape paysagère vers les territoires plus désertiques situés au sud.

Les ksour et villages de la vallée

Entre Agdz, Zagora et Tamegroute, la vallée du Drâa est ponctuée d’anciens ksour, de villages et de kasbahs en terre.

Certains ensembles sont très dégradés tandis que d’autres restent habités. Ils témoignent d’une architecture adaptée au climat, à la rareté des matériaux et à la nécessité historique de regrouper les habitations derrière des murs protecteurs.

L’intérêt du voyage ne réside pas forcément dans un monument précis : il est souvent dans la succession des paysages, des villages, des palmeraies et des silhouettes de terre qui apparaissent le long de la vallée.

Ruines près de Zagora
Ruines près de Zagora

Un territoire exceptionnel pour l’art rupestre

Le long du Drâa et dans les régions voisines, au moins 120 sites d’art rupestre ont été documentés, ce qui constitue, selon le British Museum, la plus importante concentration de sites rupestres du Maroc.

Ces sites sont dispersés et souvent difficiles à localiser. Leur fragilité impose de ne rien toucher, tracer, mouiller ou déplacer. Une découverte accompagnée par une personne connaissant précisément le patrimoine local est préférable.

Pour approfondir : Le patrimoine rupestre du Sud-Est marocain

Comment se rendre à Zagora ?

Depuis Ouarzazate

La N9 franchit le massif du Jbel Saghro par le Tizi n’Tinififft avant de rejoindre Agdz puis la vallée du Drâa. À partir d’Agdz, la route suit en grande partie la palmeraie jusqu’à Zagora.

Le trajet est déjà une découverte en lui-même : ksour, villages, kasbahs, jardins et palmiers accompagnent une grande partie de la route.

Depuis Marrakech

Le trajet traverse le Haut Atlas par le Tizi n’Tichka, rejoint Ouarzazate puis poursuit vers Agdz et Zagora.

La distance et les routes de montagne en font un trajet long. Il est préférable de considérer Zagora comme une véritable étape plutôt que comme une excursion rapide depuis Marrakech.

En transport collectif

Des autocars et grands taxis relient Zagora à Ouarzazate, Marrakech et plusieurs villes du Sud-Est. Les fréquences et horaires peuvent évoluer ; il est préférable de les vérifier localement, en particulier pour les correspondances vers les villages situés plus au sud.

En avion

Zagora possède un petit aéroport situé à 14 km de la ville. Royal Air Maroc propose des liaisons entre Casablanca et Zagora, mais les jours d’opération et les disponibilités varient selon les périodes. Il faut donc vérifier directement les vols au moment du voyage.

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Où dormir à Zagora ?

Le centre-ville convient pour une étape courte ou pour les voyageurs souhaitant rester proches des commerces, transports et restaurants.

Pour un séjour de plusieurs jours, les hébergements situés dans la palmeraie, autour d’Amezrou ou légèrement à l’écart du centre offrent un environnement plus calme et permettent de ressentir davantage la présence de l’oasis.

Zagora compte également de nombreuses agences et hébergements proposant des excursions vers le désert. Il faut garder à l’esprit que les grands ergs avec leurs dunes se trouvent assez éloignés de Zagora. Une nuit vendue comme « nuit dans le désert de Zagora » ne signifie donc pas nécessairement un séjour au milieu de vastes dunes sahariennes : se renseigner sur la localisation exacte du bivouac.

Quand visiter Zagora ?

L’automne, l’hiver et le début du printemps sont généralement les meilleures saisons pour découvrir Zagora et la vallée du Drâa.

D’octobre à avril, les températures diurnes sont plus adaptées aux promenades dans les oasis et aux excursions. Les nuits peuvent cependant devenir froides en hiver, en particulier lors des séjours en bivouac.

Au printemps, la lumière et les cultures rendent la vallée particulièrement agréable, même si les températures peuvent déjà monter rapidement en journée.

L’été est très chaud. Les températures peuvent dépasser largement les 40 °C et rendent les visites, randonnées et excursions désertiques beaucoup plus contraignantes. Les déplacements doivent alors être organisés tôt le matin ou en fin de journée et les besoins en eau ne doivent jamais être sous-estimés.

Au-delà de Zagora

M’Hamid El Ghizlane

À une centaine de kilomètres au sud de Zagora, M’Hamid El Ghizlane marque la fin de la route goudronnée et la transition vers les grands espaces du Sahara.

Autrefois étape des routes caravanières et centre d’une oasis importante, la localité est aujourd’hui l’un des principaux points de départ vers Erg Chigaga.

M’Hamid ne doit pas être considéré comme une simple excursion de quelques heures depuis Zagora. Le trajet traverse Tamegroute, Tinfou et plusieurs oasis, et la région mérite au minimum une nuit sur place si l’on souhaite véritablement découvrir les paysages sahariens.

Découvrir : M’Hamid El Ghizlane : seuil vers le désert

Erg Chigaga

Situé au-delà de M’Hamid, Erg Chigaga est l’un des plus grands ensembles de dunes du Sud marocain.

Contrairement à Erg Chebbi près de Merzouga, les dunes ne sont pas directement accessibles par une route goudronnée. Leur approche nécessite de parcourir pistes et terrains désertiques, généralement avec un véhicule tout-terrain et un conducteur connaissant les itinéraires.

Cette relative difficulté d’accès participe précisément à l’impression d’isolement du site.

Le choix de l’opérateur mérite attention : état des véhicules, expérience du conducteur, conditions du bivouac, traitement des animaux lorsqu’une randonnée avec dromadaires est proposée et gestion des déchets sont autant de critères à vérifier.

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Les dunes de l'Erg Chigaga
Les dunes de l’Erg Chigaga

Vers le nord : Agdz et la haute vallée du Drâa

En remontant vers Ouarzazate, Agdz ouvre sur une autre partie de la vallée.

La palmeraie y est particulièrement dense et le territoire conserve plusieurs ensembles remarquables d’architecture de terre, dont Tamnougalt. Cette partie du Drâa mérite elle aussi davantage qu’un simple passage en voiture.

Zagora et Agdz peuvent ainsi être considérées comme deux portes complémentaires pour découvrir une vallée qui se transforme progressivement : plus encaissée et agricole au nord, plus ouverte et aride lorsqu’elle approche du Sahara.

La palmeraie d'Agdz - Par A. Azizi
La palmeraie d’Agdz – Par A. Azizi

Approfondir : Préparer son voyage dans le Sud-Est marocain

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