Chaque année autour du 12-14 janvier, une graine de datte se cache dans la tagoula des familles amazighes : porte-bonheur pour qui la trouve dans son bol. C’est Yennayer, le Nouvel An berbère — une fête agricole plus ancienne que le calendrier qui l’a remplacée, et qui n’a jamais vraiment disparu.
Un nom venu de loin
Le mot Yennayer vient du latin Januarius, la même racine que notre janvier. Cette filiation trahit un contact ancien avec le calendrier julien, importé par Rome et resté vivant dans les campagnes amazighes bien après l’adoption du grégorien ailleurs. Certains rattachent aussi cette date à l’intronisation légendaire du roi amazigh Chachnak, devenu pharaon d’Égypte vers 950 avant notre ère — une origine qui reste débattue, mais qui donne à la fête une légitimité qui lui est propre.
Depuis le 14 janvier 2024, Yennayer est jour férié chômé et payé au Maroc, une reconnaissance officielle longtemps réclamée par le mouvement amazigh. Le calendrier berbère compte aujourd’hui l’an 2976 ; le prochain seuil, en janvier 2027, ouvrira l’an 2977.
Une fête de la terre et du renouveau
En tant que fête agricole, Yennayer célèbre avant tout la fertilité, le renouveau et la prospérité à venir. À l’image du 1er janvier chez nous, c’est un moment de rassemblement familial, de vœux et de bilans. On le considère comme un jour faste, propice aux mariages, aux engagements et à toute initiative qui annonce un avenir meilleur.
La table du Nouvel An
La nourriture occupe une place centrale dans les festivités. L’Orkimen, une soupe épaisse à base de fèves sèches, de blé et d’herbes sauvages, ouvre souvent le repas. Le couscous, préparé pour l’occasion avec sept légumes, symbolise l’abondance et l’équilibre. La Tagoula, bouillie rustique de grains de maïs enrichie de beurre, de ghee, d’huile d’argan et de miel, referme le repas sur des saveurs de terre nourricière.


Une graine porte-bonheur
Une graine de datte ou un morceau d’amande se glisse souvent dans la Tagoula ou le couscous. Celui qui la découvre dans son assiette passe pour porteur de chance pour toute l’année. Autrefois, on allait jusqu’à lui confier les clés du grenier familial — l’agadir — signe de confiance et de bénédiction collective envers celui que le sort venait de désigner.
Ce que la table ne dit pas, en revanche, c’est tout ce qui se joue la nuit précédente et le lendemain matin : une légende de jours empruntés jamais rendus, une boulette de couscous suspendue à la porte et lue au vent, des pierres de foyer qu’on renouvelle en prononçant des vœux. Émile Laoust en a recueilli le détail dès 1920, vallée après vallée — de quoi prolonger la lecture.
Pour aller plus loin : Rites et légendes de Yennayer, le Nouvel An berbère
Sources
- Émile Laoust, Mots et choses berbères. Notes de linguistique et d’ethnographie, dialectes du Maroc, Challamel, 1920, chapitre VI « Le temps, l’atmosphère, le ciel », p. 181-201.















