Musique et parole chantée
- Ahwach (ⴰⵃⵡⴰⵊ) : Danse et chant collectif amazigh, pratiqués dans le Haut Atlas et le Sud-Est marocain lors des grandes célébrations. L’Ahwach n’est pas un simple divertissement : il est l’expression rythmée de la cohésion d’une communauté, où hommes et femmes alternent chants et percussions en cercle. Certains villages du Draa et du Dadès perpétuent leurs variantes propres, transmises de génération en génération.
- Amarg (ⴰⵎⴰⵔⴳ) : Chant poétique amazigh, véhicule d’émotions intenses — deuil, amour, exil, nostalgie du pays. L’amarg est aussi un genre littéraire oral à part entière, dont les paroles condensent une sagesse et une mémoire que l’écriture n’a pas toujours fixée.
- Izlan (ⵉⵣⵍⴰⵏ) : Poèmes chantés, pluriel de azul au sens poétique. Les izlan sont le répertoire vivant des troupes d’Ahwach et des Rwayes : courts, ciselés, souvent improvisés, ils sont le lieu où la langue amazighe révèle toute sa puissance métaphorique.
- Tamdawt (ⵜⴰⵎⴷⴰⵡⵜ) : Forme de poésie chantée en Tamazight, aux accents épiques ou mythologiques. La tamdawt raconte des figures héroïques, des batailles, des origines — elle est la mémoire mise en voix d’un peuple sans archives écrites pendant des siècles.
- Taktoka (ⵜⴰⴽⵜⵓⴽⴰ) : Rythme percussif caractéristique de certaines danses du Sud-Est marocain, reconnaissable à son tempo syncopé et à son caractère entraînant. Le mot lui-même est onomatopéique : il imite le battement du tambour.
- Asays (ⴰⵙⴰⵢⵙ) : L’asays est à la fois un espace et un événement. C’est le lieu — souvent une place villageoise ou un plateau rocheux — où la communauté se réunit pour chanter, danser, mais aussi délibérer et célébrer. Il est à la fois scène, agora et temple à ciel ouvert.
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Instruments traditionnels
- Tabel (ⵜⴰⴱⴻⵍ) : Grand tambour de peau tendue sur un cadre en bois, dont les coups profonds rythment les ensembles d’Ahwach. Le tabel marque le temps collectif : lorsqu’il résonne, le village sait que quelque chose de commun commence.
- Rbab (ⵔⴱⴰⴱ) : Instrument à corde unique frotté par un archet, voix plaintive des poètes itinérants. Le rbab est l’instrument des Rwayes et des Imdyazen, ceux qui voyagent de souq en souq pour porter la mémoire chantée des tribus.
- Bendir (ⴱⵏⴷⵉⵔ) : Tambour sur cadre à membrane unique, présent dans les rituels comme dans les fêtes. Le bendir accompagne aussi bien les invocations spirituelles que les cérémonies de mariage dans les campagnes du Sud-Est.
- Nfar (ⵏⴼⴰⵔ) : Longue trompette de cuivre ou de bois, dont le son grave et portant annonce les cérémonies importantes. Le nfar appartient au monde des seuils : il marque les entrées, les processions, les moments où le sacré s’invite dans le quotidien.
Artistes et passeurs de mémoire
- Imdyazen (ⵉⵎⴷⵢⴰⵣⵏ) : Poètes-musiciens itinérants, véritables archivistes vivants de la mémoire amazighe. Les Imdyazen sillonnaient les routes et les souqs, portant d’un village à l’autre nouvelles, satires, élégies et récits épiques. Leur rôle était à la fois artistique, social et politique.
- Rwayes (ⵔⵡⴰⵢⴻⵙ) : Troubadours amazighs spécialisés dans la musique instrumentale et le chant, souvent accompagnés du rbab. Les Rwayes du Souss et du Draa ont construit un répertoire d’une richesse exceptionnelle, aujourd’hui reconnu comme patrimoine immatériel.
- Ahouachay (ⴰⵃⵡⴰⵛⴰⵢ) : Chef de troupe d’Ahwach, figure de coordination et d’autorité artistique. L’ahouachay dispose, corrige, impulse — c’est lui qui fait tenir ensemble le cercle rythmique et vocal de la performance collective.
- Iggawen (ⵉⴳⴳⴰⵡⴻⵏ) : Griots amazighs, gardiens et transmetteurs de la généalogie, de l’histoire orale et des savoirs collectifs. Comparables aux griots sahéliens par leur fonction, les Iggawen incarnent l’idée que la mémoire d’une communauté ne se conserve pas dans des coffres — elle vit dans des voix.
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Architecture et espace habité
- Tighremt (ⵜⵉⵖⵔⴻⵎⵜ) : Maison-forteresse amazighe en pisé, élevée sur plusieurs étages, à la fois résidence familiale et symbole de puissance clanique. La tighremt est l’ancêtre de la kasbah : elle règle à la fois le rapport à l’espace domestique et la relation au territoire environnant
- Aghrem (ⴰⵖⵔⴻⵎ) : Village ou ksar collectif, unité d’habitat groupé caractéristique des vallées du Draa, du Dadès et du Todgha. L’aghrem n’est pas qu’un regroupement d’habitations : il est une unité sociale, défensive et symbolique, organisée autour de la jemaa.
- Igherm (ⵉⵖⴻⵔⵎ) : Grenier collectif fortifié, appelé aussi agadir selon les régions. L’igherm était le bien commun par excellence : on y déposait les réserves de grain, d’huile, de bijoux et de documents précieux sous la garde d’un amin désigné par la communauté. Plusieurs igherman remarquables subsistent dans le Sud-Est marocain.
Vie sociale et institutions
- Taqbilt (ⵜⴰⵇⴱⵉⵍⵜ) : Tribu ou fraction tribale amazighe, unité d’appartenance et de solidarité première. La taqbilt définit les alliances, les droits fonciers, les obligations mutuelles entre ses membres — elle est la cellule de base du droit coutumier amazigh.
- Jemaa (ⵊⵎⴰⵄⴰ) : Assemblée des hommes libres du village ou de la tribu, instance délibérative et judiciaire. La jemaa tranche les litiges, organise les travaux collectifs, gère l’eau et les pâturages — elle est le parlement à ciel ouvert du monde amazigh.
- Leff (ⵍⴻⴼⴼ) : Alliance politique et militaire entre tribus ou fractions, souvent formalisée par des pactes oraux et des serments. Le système des leffs organisait la géopolitique des territoires amazighs bien avant l’État centralisé.
- Amin (ⴰⵎⵉⵏ) : Homme de confiance désigné par la communauté pour gérer un bien collectif ou représenter un groupe. L’amin de l’igherm, l’amin du souq, l’amin de l’irrigation : la fonction est toujours la même — délégation de confiance, responsabilité partagée.
Eau, terre et calendrier
- Seguia (ⵙⴻⴳⴳⵉⴰ) : Canal d’irrigation à ciel ouvert, artère vitale des oasis et des palmeraies du Sud-Est. La seguia est un bien collectif géré selon des règles coutumières précises : chaque ayant droit dispose d’un temps d’eau mesurable, transmissible, et parfois négociable.
- Agdal (ⴰⴳⴷⴰⵍ) : Territoire pastoral mis en réserve saisonnière, dont l’accès est réglementé par la communauté. L’agdal est l’une des formes les plus sophistiquées de gestion durable des ressources naturelles dans le monde berbère — une mise en jachère collective du pâturage pour en garantir la pérennité.
- Yennayer (ⵢⴻⵏⵏⴰⵢⴻⵔ) : Premier jour du calendrier agraire amazigh, célébré le 13 ou 14 janvier selon les régions. Yennayer n’est pas seulement un nouvel an : c’est une fête de la terre et des semences, un remerciement aux ancêtres et un appel à la fertilité de l’année à venir.
- Tafaska (ⵜⴰⴼⴰⵙⴽⴰ) : Fête des récoltes et de l’abondance, marquée par l’abattage rituel d’un animal, des chants et des offrandes symboliques. La tafaska rythme le calendrier paysan amazigh au même titre que les fêtes islamiques rythment le calendrier religieux.
Textiles et parure
- Handira (ⵀⴰⵏⴷⵉⵔⴰ) : Couverture-manteau tissée à la main par les femmes berbères de l’Atlas, reconnaissable à ses fils de laine et ses sequins métalliques. La handira est à la fois vêtement de protection contre le froid des nuits de montagne et objet de prestige social, souvent offerte en dot ou en cadeau de mariage.
- Burnous (ⴱⵓⵔⵏⵓⵙ) : Grand manteau de laine à capuche, vêtement emblématique du monde berbère et maghrébin. Décliné en laine blanche pour les grandes occasions ou en laine brune pour le quotidien pastoral, le burnous est l’habit du voyage et de la dignité.
- Tizerzay (ⵜⵉⵣⴻⵔⵣⴰⵢ) : Paire de fibules amazighes, agrafes en argent qui maintiennent le vêtement féminin sur les épaules. Bien plus qu’un accessoire, les tizerzay sont des œuvres d’orfèvrerie chargées de sens symboliques et identitaires.
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Langue et mémoire
- Amazigh (ⴰⵎⴰⵣⵉⵖ) : Homme libre — c’est l’étymologie la plus largement acceptée du mot. Amazigh désigne à la fois un individu de ce peuple, sa langue et son identité culturelle. Le pluriel est Imazighen. Le terme a progressivement remplacé « Berbère » dans les usages officiels, sans pour autant le faire disparaître dans le langage courant.
- Tamazight (ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ) : Langue amazighe dans son sens générique, qui recouvre un continuum dialectal s’étendant des îles Canaries jusqu’à l’Égypte et du Sahel à la Méditerranée. Au Maroc, les principales variantes sont le Tachelhit (Souss, Anti-Atlas), le Tamazight central (Atlas) et le Tarifit (Rif).
- Tifinagh (ⵜⵉⴼⵉⵏⴰⵖ) : Alphabet millénaire du peuple amazigh, dont les plus anciennes traces remontent à plus de deux mille cinq cents ans dans les gravures rupestres du Sahara. Aujourd’hui officiel au Maroc sous sa forme modernisée (IRCAM), le Tifinagh est devenu le symbole visible de la renaissance culturelle amazighe.
- Awal (ⴰⵡⴰⵍ) : La parole, le verbe, le discours. Dans la tradition amazighe, l’awal n’est pas neutre : il engage, il crée, il lie. Une promesse faite devant témoins — un awal — vaut contrat. La culture amazighe est, dans sa profondeur, une civilisation de la parole donnée.
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Ce glossaire est un seuil, pas un inventaire. Derrière chaque mot amazigh se déploie un monde de pratiques, de savoirs et de relations humaines que quelques lignes ne sauraient épuiser. Il sera complété au fil des billets de la rubrique Le monde berbère — et nous accueillons volontiers les précisions, corrections et compléments de ceux qui vivent ces mots au quotidien >>> contactez nous …
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