Un soir d’été, sur l’Assarag du village, les tambourins s’éveillent avant les étoiles. Les hommes se resserrent en cercle ; la voix de l’Anksalim s’élève, grave et lancinante. Puis les femmes entrent en scène, et le cercle amazigh se referme sur lui-même, prêt à tourner jusqu’à l’aube.
Le cercle, matrice d’Ahwach
Les hommes, vêtus de blanc, se placent au centre, tambourins et tambours en main. L’un d’eux, l’Anksalim, ouvre le chant d’une voix lancinante : Ahwach commence. Les femmes forment alors un cercle autour d’eux, youyous et battements de tambourin scandant l’entrée en matière.
Le rythme monte par vagues. Les corps ondulent, la poésie improvisée glisse du sacré au profane — invocation, quête des origines, aveux du cœur. Trois instruments portent cette montée : la taguenza (tambourin sur cadre de bois), le dendoum (tambour cylindrique à deux membranes) et le naqouss (gong métallique frappé de baguettes).
Costumes, joutes poétiques et témoignages de voyageurs de l’époque du Protectorat sont détaillés dans notre article de référence : Ahwach, la tradition amazighe du Maroc.

Ahwach et Ahidous : un même souffle, deux territoires
On confond parfois Ahwach avec l’Ahidous, sa cousine du Moyen Atlas. Les deux partagent une même grammaire : cercle, alternance chant-percussion, joute poétique. Mais chacune porte le souffle d’un territoire distinct.
L’Ahidous se pratique chez les tribus tamazightophones de Khénifra, Azrou ou Imilchil. Hommes et femmes s’y dansent coude à coude, en rangs ou en bloc serré, sur des poèmes chantés appelés izlan, rythmés au seul bendir et aux battements de mains.
Ahwach, lui, appartient au monde tachelhit des Chleuhs. Les hommes tiennent le centre du cercle, la percussion y est plus fournie, et la ronde des femmes peut se scinder en deux rangs qui se répondent — un dialogue chorégraphié que l’Ahidous ne connaît pas sous cette forme.
Deux territoires, donc, pour une même pulsion : faire du cercle collectif le lieu où la parole amazighe se dit et se transmet.
Un patrimoine vivant, en quête de reconnaissance
Chaque année, un Festival national des arts d’Ahwach réunit à Ouarzazate des troupes venues de plusieurs régions du royaume, sous l’égide du ministère de la Culture. Une vitrine précieuse pour un art encore largement porté par la transmission orale.
Car contrairement à la Taskiwin, danse martiale du Haut Atlas occidental inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco en 2017, Ahwach n’y figure pas encore — malgré des démarches de valorisation évoquées depuis plusieurs années par chercheurs et praticiens.
La disparition progressive des grandes figures de l’art complique la donne. Des initiatives universitaires, notamment autour de l’Université Ibn Zohr, tentent aujourd’hui d’archiver voix et gestes avant qu’ils ne s’effacent.
Taskiwin : est une danse martiale berbère chleuh typique du Haut-Atlas occidental, au Maroc. Elle a été inscrite sur la liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente en décembre 2017. Son nom provient de la corne portée par chaque danseur.
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A retenir
- Ahwach est une danse collective des Amazighs du Haut Atlas occidental, de l’Anti-Atlas et du Souss, mêlant chant, poésie improvisée et percussions.
- Structure type : les hommes tiennent le centre (percussion et chant d’ouverture), les femmes forment un cercle autour d’eux.
- Trois instruments principaux : taguenza, dendoum, naqouss.
- À ne pas confondre avec l’Ahidous du Moyen Atlas : formation coude à coude, chants izlan, rythme porté par le seul bendir.
- Un Festival national des arts d’Ahwach valorise cet art chaque année à Ouarzazate, qui reste toutefois non inscrit à l’Unesco — contrairement à la Taskiwin voisine (2017).














