Tamegroute : poteries vertes et bibliothèque Naciria
À une vingtaine de kilomètres au sud de Zagora, Tamegroute est l’une des haltes les plus singulières de la vallée du Drâa, ancienne route caravanière du Sahara. On y vient pour ses célèbres poteries vertes, mais aussi pour la bibliothèque de la Zaouïa Naciria, jadis haut lieu spirituel et savant du Sud marocain.
Tamegroute ne se livre pas comme un site spectaculaire. Sa force est plus discrète. Elle tient dans la rencontre entre la terre, le feu, l’encre et la mémoire.
D’un côté, les potiers perpétuent un savoir-faire immédiatement reconnaissable à ses pièces vertes, irrégulières, façonnées par l’argile, la glaçure et la cuisson. De l’autre, la Zaouïa Naciria rappelle que la vallée du Drâa ne fut pas seulement un couloir vers le désert, mais aussi un espace de savoir, de transmission et d’autorité spirituelle.
Visiter Tamegroute, c’est approcher un lieu où l’artisanat, le soufisme, les routes caravanières et la mémoire écrite du Sud marocain se rejoignent.
Pourquoi visiter Tamegroute ?
Tamegroute occupe une position particulière dans la vallée du Drâa. Située au sud de Zagora, sur la route qui conduit vers M’Hamid El Ghizlane et les espaces sahariens, elle fut longtemps associée aux circulations caravanières, aux échanges spirituels et aux savoirs religieux.
Le village est aujourd’hui connu pour deux raisons principales. La première est sa poterie verte, l’un des artisanats les plus identifiables du Sud marocain. Bols, plats, tasses, vases ou carreaux portent cette glaçure verte profonde, parfois irrégulière, qui fait la réputation de Tamegroute.
La seconde est la Zaouïa Naciria, confrérie soufie importante, dont la bibliothèque conserve une collection remarquable de manuscrits anciens. Ces ouvrages témoignent d’un monde où la vallée du Drâa était reliée aux grands centres du savoir islamique, du Maghreb au Machrek.
Tamegroute ne fut donc pas seulement un village d’artisans. Elle fut aussi un lieu de passage, d’accueil et de rayonnement. Posée sur l’ancienne route des caravanes, elle a vu circuler des commerçants, des pèlerins, des étudiants, des savants et des voyageurs venus d’horizons très différents.
Le nom même de Tamegroute rappelle cette fonction de passage. Selon une interprétation couramment reprise, le terme viendrait de l’amazigh et désignerait le lieu que l’on visite, celui où l’on passe et où l’on fait halte. Par extension, Tamegroute aurait ainsi été comprise comme l’une des dernières étapes habitées avant les espaces désertiques, un lieu de repos avant ou après la traversée.
Visiter Tamegroute, c’est approcher ce double héritage : celui de la main artisanale et celui de la mémoire écrite.
Que faire à Tamegroute ?
Découvrir les ateliers de poterie et les artisans
Les ateliers de poterie constituent la visite la plus accessible et la plus visuelle de Tamegroute. On y observe les différentes étapes du travail : préparation de l’argile, tournage, séchage, glaçure puis cuisson dans les fours traditionnels.
La poterie de Tamegroute est immédiatement reconnaissable à son émail vert. Sa couleur n’est jamais totalement uniforme. Elle varie selon les pièces, les cuissons et les effets de la glaçure. Cette irrégularité fait partie de son charme : chaque objet porte la trace du feu et du geste.
On trouve surtout des objets du quotidien : bols, assiettes, plats, tasses, jarres, vases, carreaux. Les petites pièces sont faciles à transporter et constituent souvent un souvenir plus simple que les grands plats ou les vases fragiles.
La tradition locale rattache aussi cette poterie à des influences venues de Fès. Le savoir-faire de Tamegroute aurait été nourri par des techniques apportées par des artisans fassis, dans un contexte où la Zaouïa Naciria attirait savants, voyageurs et hommes de métier. Transmise au sein de familles d’artisans, cette production de céramiques vernissées vertes est ainsi devenue l’une des signatures les plus reconnaissables du village.
Au-delà de l’achat éventuel d’un objet, l’intérêt de la visite tient surtout dans l’observation du geste. Tamegroute rappelle que l’artisanat n’est pas seulement une production décorative. C’est une manière de transmettre une matière, une technique, une mémoire familiale et un rapport au territoire.
Certains ateliers ou prestataires locaux proposent d’ailleurs des initiations à la poterie. Selon les formules, il peut s’agir d’une simple découverte du geste, d’une séance encadrée par un potier ou d’un stage plus long permettant de travailler l’argile, de modeler une pièce et parfois de s’initier à la décoration. Les durées, les prix et les conditions varient selon les ateliers : il est donc préférable de se renseigner à l’avance si l’on souhaite pratiquer plutôt que seulement observer.
Certains ateliers de Tamegroute proposent des séances d’initiation à la poterie.

Visiter la bibliothèque de la Zaouïa Naciria
La bibliothèque de la Zaouïa Naciria est l’autre grande raison de faire halte à Tamegroute. Elle conserve plusieurs milliers de manuscrits anciens, liés non seulement à la tradition religieuse, mais aussi au droit, à la médecine, à l’astronomie, aux sciences et à la littérature savante.
Il est donc préférable de parler de bibliothèque de manuscrits plutôt que de simple bibliothèque coranique. Le Coran et les sciences religieuses y occupent naturellement une place centrale, mais l’intérêt du lieu dépasse ce seul cadre. La bibliothèque témoigne d’une culture écrite large, ouverte sur les savoirs de son temps.
La Zaouïa Naciria fut fondée au XVIe siècle, en 1575, par Abou Hafs Omar Ben Ahmed El Ansari. Elle prendra ensuite son nom et son rayonnement décisif avec M’hammad Ben Nacer, grande figure soufie du XVIIe siècle. Avec lui, la zaouïa devient l’un des grands foyers spirituels du Sud marocain.
Plus tard, une bibliothèque y sera fondée au XVIIe siècle par Ahmed Naciri. Elle contribuera au rayonnement de Tamegroute bien au-delà de la vallée du Drâa, en attirant savants, oulémas et étudiants venus chercher, copier ou transmettre des ouvrages précieux.
La visite demande cependant un minimum de prudence pratique. L’accès dépend des horaires de la zaouïa, de la présence du gardien et des conditions locales. Il est préférable de se renseigner avant de partir ou de se faire accompagner par une personne connaissant les usages du lieu.
La photographie des manuscrits peut être interdite ou limitée. Comme dans tout lieu religieux, une tenue respectueuse et une attitude discrète sont recommandées.
A lire : Le soufisme, voie d’élévation de l’être et du Maroc
Se renseigner avant de visiter la bibliothèque.

Comprendre le rôle d’une zaouïa
Pour un visiteur, le mot zaouïa mérite d’être expliqué. Il vient de l’arabe zawiya, qui signifie d’abord “angle” ou “coin”, puis a désigné, au Maghreb, un établissement religieux lié à l’enseignement, à l’accueil et à la vie spirituelle.
Au Maroc, les zaouïas se sont développées au fil des siècles et ont profondément marqué l’organisation sociale des villes, des oasis et des tribus. Une zaouïa n’était donc pas seulement un lieu de prière. Elle pouvait abriter une mosquée, une école, une bibliothèque, des espaces d’hébergement pour les étudiants, les voyageurs ou les pèlerins, et parfois des biens agricoles ou commerciaux assurant son fonctionnement.
Certaines zaouïas ont aussi joué un rôle économique et politique important. Dans des régions comme le Souss ou les vallées du Sud, elles pouvaient servir de médiatrices entre tribus, de centres d’autorité religieuse, de lieux de protection, voire de véritables forces d’équilibre face au pouvoir central.
C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la Zaouïa Naciria de Tamegroute. Elle ne fut pas un monument isolé, mais une institution vivante : un lieu de prière, d’enseignement, d’accueil, de transmission et d’influence au cœur de la vallée du Drâa.
La Zaouïa Naciria a longtemps joué un rôle économique et politique important.A lire : La zaouïa Naciria de Tamegroute, radiographie d’une naissance

Observer les ruelles et l’architecture de terre
Au-delà des ateliers et de la bibliothèque, Tamegroute mérite aussi une courte marche dans ses ruelles. On y retrouve l’architecture de terre propre aux villages du Drâa : murs épais, passages étroits, ombre dense, sobriété des formes.
Ce n’est pas un décor figé. C’est un village vivant. Il faut donc marcher avec discrétion, éviter de photographier les habitants sans autorisation et prendre le temps d’observer la relation entre l’habitat, la lumière et la matière.
Les tons de terre, les murs anciens, les passages ombragés et les volumes simples composent une atmosphère très différente des grands sites touristiques. Tamegroute demande moins le regard rapide que l’attention lente.
Prendre le temps de marcher dans le village permet de mieux saisir l’atmosphère de Tamegroute.A lire : Il était une fois au Sud Est du Maroc, quatre princesses chrétiennes …
Faire halte aux dunes de Tinfou
À quelques kilomètres au sud de Tamegroute, les dunes de Tinfou offrent une première rencontre avec le paysage dunaire. Elles n’ont pas l’ampleur des grands ergs de M’Hamid ou de Merzouga, mais elles peuvent constituer une halte simple pour les voyageurs qui ne descendent pas plus loin vers le désert.
L’intérêt de Tinfou est surtout symbolique : on y sent la transition entre la vallée habitée du Drâa et les espaces plus ouverts du pré-Sahara.
Les dunes de Tinfou préfigurent les grands espaces sahariens.A lire : La palmeraie de Skoura, l’oasis par excellence

Comment se rendre à Tamegroute ?
Depuis Ouarzazate
Depuis Ouarzazate, il faut prendre la route nationale N9 en direction d’Agdz, puis poursuivre à travers la vallée du Drâa jusqu’à Zagora. Tamegroute se situe ensuite au sud de Zagora, sur la route de M’Hamid El Ghizlane.
Le trajet demande environ trois heures depuis Ouarzazate, davantage si l’on s’arrête à Agdz, dans la palmeraie du Drâa ou à Zagora. Il est donc préférable d’intégrer Tamegroute dans une journée complète ou dans un itinéraire de plusieurs jours vers le Sud.
Depuis Zagora
Depuis Zagora, Tamegroute est une excursion facile. La route est goudronnée et suit l’axe de M’Hamid. Le trajet prend environ vingt à trente minutes en voiture.
Pour ceux qui séjournent à Zagora, la visite peut se faire en matinée : départ tôt, visite des ateliers, passage à la bibliothèque si elle est accessible, puis retour à Zagora ou continuation vers Tinfou et M’Hamid.
Se faire accompagner
Un guide ou un accompagnateur local peut être utile, surtout pour la bibliothèque et pour comprendre le contexte de la Zaouïa Naciria. La visite des ateliers de poterie est plus simple, mais un bon accompagnement permet de mieux comprendre les gestes, les fours, la glaçure et l’organisation familiale du métier.
L’accompagnement d’un guide n’est pas indispensable, mais il peut enrichir la visite, surtout pour comprendre le rôle de la zaouïa et l’organisation des ateliers.Au-delà de Tamegroute
Tamegroute s’inscrit naturellement dans un itinéraire plus large dans la vallée du Drâa. Depuis Ouarzazate, la route traverse Agdz, les palmeraies du Drâa, Zagora puis les paysages plus ouverts du Sud.
Après Tamegroute, on peut poursuivre vers les dunes de Tinfou, puis vers M’Hamid El Ghizlane, dernière grande étape avant les pistes sahariennes et l’erg Chigaga. Dans l’autre sens, la visite peut compléter une découverte de Zagora, d’Amezrou et des villages de la vallée du Drâa.
Tamegroute est donc une halte idéale pour donner de la profondeur culturelle à un voyage vers le désert. Elle rappelle que la route du Sud n’est pas seulement une route de paysages. C’est aussi une route de savoirs, de confréries, de gestes artisanaux et de mémoires anciennes.
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