M’Hamid El Ghizlane : seuil vers le désert

Au terme de la vallée du Drâa, M’Hamid El Ghizlane marque le passage entre le monde des oasis et les immensités sahariennes. Le village moderne, les anciens ksour, la palmeraie aujourd’hui fragilisée et les premières dunes de sable composent un territoire de transition, longtemps fréquenté par les caravanes et aujourd’hui point de départ des traversées vers l’Erg Chegaga.

L’avis de sudestmaroc.com

M’Hamid ne possède ni la monumentalité d’Aït Ben Haddou ni l’animation de Zagora. Son centre moderne, organisé autour de la route, peut même sembler décevant à celui qui attend immédiatement de grandes dunes et une vision spectaculaire du Sahara.

L’intérêt du lieu apparaît lorsque l’on cesse de regarder M’Hamid comme une destination isolée. Il faut marcher vers l’ancien village, entrer dans la palmeraie, observer les maisons gagnées par le sable et comprendre que l’on se trouve au dernier point de rencontre entre une vallée cultivée et le territoire des nomades.

M’Hamid est avant tout un lieu de passage. Mais c’est précisément ce passage — de la route à la piste, de l’oasis au désert, de l’habitat permanent à l’espace parcouru — qui lui donne sa véritable profondeur.

Pourquoi visiter M’Hamid El Ghizlane ?

Découvrir la dernière oasis de la vallée du Drâa

Depuis Agdz, le Drâa accompagne une succession de palmeraies, de jardins et de villages de terre. À M’Hamid, cette longue continuité végétale s’interrompt progressivement. Le lit de l’oued, le plus souvent à sec en surface, infléchit sa course vers l’ouest tandis que les cultures deviennent plus rares et que le sable s’insinue entre les palmiers.

M’Hamid n’est donc pas seulement une localité établie au bord du désert. Elle constitue l’extrémité méridionale du système oasien de la moyenne vallée du Drâa, là où l’agriculture irriguée devient particulièrement vulnérable au manque d’eau, à l’ensablement et à la dégradation des sols.

Cette fragilité fait partie de ce que le visiteur découvre. Les palmiers isolés, les parcelles abandonnées et les murs de terre en partie effondrés ne sont pas de simples éléments pittoresques : ils témoignent des transformations profondes que connaissent aujourd’hui les oasis du Sud marocain.

Comprendre un ancien carrefour caravanier

Avant que les véhicules motorisés ne remplacent les longues caravanes chamelières, M’Hamid occupait une position stratégique. Les hommes, les animaux et les marchandises s’y rassemblaient avant de poursuivre leur route à travers le Sahara ou d’entrer dans la vallée du Drâa en direction des marchés du nord.

Les échanges reliaient le Maroc aux régions situées au sud du Sahara. Ils transportaient des produits, mais aussi des récits, des langues, des formes musicales et des pratiques sociales. La diversité culturelle de l’oasis s’est construite au fil de ces circulations entre populations oasiennes, amazighes, arabes, sahariennes et subsahariennes.

Les ruines de Ksebt El Allouj, généralement attribuées à l’époque saadienne à la fin du XVIe siècle, sont associées à cette période de contrôle et d’organisation du commerce transsaharien. Leur fonction exacte demeure imparfaitement documentée, mais le site rappelle l’importance historique de M’Hamid sur les routes reliant la vallée du Drâa au Bilad al-Sudan.

Un lieu de mémoire de l’histoire contemporaine du Maroc

M’Hamid occupe également une place particulière dans l’histoire nationale. Le 25 février 1958, deux ans après l’indépendance, Mohammed V y rencontra les représentants de tribus sahariennes et prononça un discours consacré à l’unité territoriale du pays et au devenir des régions du Sud.

Cet événement conféra à cette localité éloignée une portée politique et symbolique qui dépasse largement son importance géographique.

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M'Hamid El Ghizlane en ruine - Par A. Azizi
M’Hamid El Ghizlane en ruine – Par A. Azizi

Que faire à M’Hamid El Ghizlane ?

Marcher entre M’Hamid Jdid et l’ancien village

M’Hamid Jdid, le village nouveau, concentre aujourd’hui l’essentiel des commerces, des cafés, des hébergements et des agences organisant les excursions. Pour découvrir une autre facette du lieu, il faut quitter la route principale et marcher en direction de M’Hamid Bali, l’ancien village.

Les constructions en terre, les passages étroits et les maisons progressivement abandonnées permettent d’entrevoir l’organisation ancienne de l’oasis. Certains espaces restent habités ou appartiennent à des familles : la visite doit donc se faire avec discrétion et dans le respect de la vie locale.

La promenade devient particulièrement agréable en fin d’après-midi, lorsque la lumière souligne les murs de terre et que la température commence à diminuer.

Entrer dans la palmeraie

La palmeraie relie les différents noyaux d’habitation et les anciens ksour dispersés dans l’oasis. On y découvre des palmiers-dattiers, quelques parcelles cultivées, des canaux d’irrigation, des tamaris et des espaces déjà envahis par le sable.

Cette marche permet de comprendre le fonctionnement traditionnel d’une oasis : un milieu construit et entretenu par les habitants, dépendant d’un équilibre délicat entre l’eau, les cultures, les arbres et l’habitat.

Entre 1984 et 2016, une étude fondée sur des images satellites a observé une perte importante de végétation dans l’oasis de M’Hamid. Les sécheresses, la raréfaction de l’eau, l’abandon de terres agricoles, les migrations et certaines formes de développement touristique participent à cette transformation.

Découvrir les anciens ksour

Le territoire de M’Hamid ne se limite pas aux deux villages portant ce nom. Plusieurs anciens noyaux d’habitat sont répartis dans l’oasis, notamment Bounou et Ouled Driss.

Leurs maisons en terre, leurs ruelles couvertes et leurs espaces collectifs témoignent de modes de construction adaptés à la chaleur, au vent et à la rareté des matériaux. Une partie de ce patrimoine est aujourd’hui très dégradée, tandis que certaines initiatives locales tentent de restaurer des bâtiments et de maintenir une activité dans les anciens villages.

La présence d’un accompagnateur local permet d’identifier les différents lieux, d’éviter les propriétés privées et de mieux comprendre leur histoire. Des projets de revitalisation du ksar de Bounou ont notamment été engagés avec des acteurs locaux afin de préserver le patrimoine et de favoriser le maintien de la population.

Le désert la nuit - par A. Azizi
Le désert la nuit – par A. Azizi

Voir les ruines de Ksebt El Allouj

Situées à l’écart du centre actuel, les ruines de Ksebt El Allouj constituent l’un des principaux témoignages historiques de l’oasis. Le site est généralement daté de la période saadienne et associé au contrôle des routes caravanières.

Il ne faut cependant pas attendre un monument restauré. Les murs sont en grande partie effondrés et le lieu demeure peu aménagé. Son intérêt tient à sa position, à son architecture de terre et à ce qu’il révèle de l’ancienne fonction de M’Hamid.

En raison de la fragilité des constructions et de l’absence de signalétique précise, il est préférable de s’y rendre avec un habitant ou un guide.

Rejoindre les premières dunes

Il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à l’Erg Chegaga pour découvrir les premiers paysages de sable. De petites dunes se trouvent aux abords de l’oasis et peuvent être rejointes à pied ou lors d’une courte promenade avec un dromadaire.

Elles sont particulièrement belles au lever ou au coucher du soleil. Leur échelle reste modeste, mais leur proximité avec les palmiers et les maisons crée un paysage caractéristique de M’Hamid, entre oasis et désert.

Cette première approche peut suffire aux voyageurs disposant de peu de temps. Elle ne remplace toutefois pas une excursion vers les grands ensembles dunaires situés plus loin au sud-ouest.

Partir vers l’Erg Chegaga

L’Erg Chegaga — également écrit Chigaga — se trouve à environ 50 à 60 kilomètres de M’Hamid. Il n’existe pas de route goudronnée pour y parvenir : le trajet emprunte des pistes traversant des plaines pierreuses, des zones sablonneuses et différents paysages désertiques.

Le parcours demande généralement entre une heure et demie et deux heures en véhicule tout-terrain, selon l’état des pistes et l’emplacement du bivouac. Il peut également être effectué en plusieurs jours à pied ou avec une caravane de dromadaires.

Le déplacement ne doit pas être entrepris seul. Les pistes changent, les repères sont rares et les communications ne sont pas garanties. Une excursion bien organisée permet également de limiter la circulation anarchique des véhicules dans un milieu particulièrement fragile.

L’accompagnement d’un guide est indispensable.

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Caravane dans le désert - Par A. Azizi
Caravane dans le désert – Par A. Azizi

Passer une nuit dans le désert

Une nuit en bivouac permet d’assister au coucher du soleil, de découvrir le ciel nocturne et de mesurer l’amplitude du silence saharien.

Plusieurs niveaux d’expérience sont possibles : campement proche de M’Hamid, bivouac fixe dans les environs ou séjour plus éloigné au cœur de l’Erg Chegaga. Le choix dépend du temps disponible et du degré de confort recherché.

Avant de réserver, il est utile de s’informer sur la gestion de l’eau, des déchets et des installations sanitaires. Un bivouac responsable doit aussi employer des guides et du personnel locaux, limiter les déplacements motorisés inutiles et laisser le site propre après le départ de ses visiteurs.

Découvrir les cultures nomades lors des festivals

M’Hamid accueille plusieurs manifestations consacrées aux cultures sahariennes et nomades.

Le Festival international des nomades réunit musique, conférences, artisanat, traditions orales et activités liées au mode de vie nomade. Le Festival Taragalte, créé en 2009, associe concerts, poésie, rencontres et réflexion sur la culture et l’environnement. Plus récent, le Festival Zamane valorise également les musiques du désert, la biodiversité de l’oasis et les initiatives portées par la population locale.

Les dates évoluent d’une année à l’autre. Il est donc préférable de consulter les programmes officiels avant de préparer son voyage.

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Festival culture à M'Hamid - Par A. Azizi
Festival culture à M’Hamid – Par A. Azizi

Comment se rendre à Aït Ben Haddou ?

Depuis Zagora

M’Hamid se situe à environ 95 kilomètres au sud de Zagora. La route nationale N9 traverse successivement Tamegroute, la palmeraie de Fezouata, Tagounite et les paysages de plus en plus arides de la basse vallée du Drâa.

Le trajet dure environ 1 h 30, mais il serait dommage de l’effectuer sans arrêt. Tamegroute, les anciens ksour et les points de vue sur la vallée justifient plusieurs pauses.

Des autocars, minibus et grands taxis assurent des liaisons depuis Zagora. Les horaires pouvant varier, il est préférable de les vérifier localement avant le départ.

Depuis Ouarzazate

Depuis Ouarzazate, comptez environ 260 kilomètres et près de quatre heures de conduite sans arrêt.

La route suit la vallée du Drâa à partir d’Agdz, traverse Zagora puis continue jusqu’à son terminus à M’Hamid. Il s’agit d’un trajet long, mais qui permet de parcourir progressivement les paysages oasiens de la région.

Pour une découverte confortable, mieux vaut prévoir une étape à Agdz, Zagora ou dans l’une des palmeraies de la vallée plutôt que d’effectuer l’aller-retour depuis Ouarzazate dans la même journée.

Depuis Marrakech

M’Hamid est accessible depuis Marrakech par le col du Tizi n’Tichka, Ouarzazate, Agdz et Zagora. Le voyage représente une très longue journée de route.

Pour profiter réellement de la vallée du Drâa, il est préférable de répartir le trajet sur deux journées et de prévoir au moins une nuit supplémentaire à M’Hamid ou dans le désert.

Se déplacer sur place

Le centre de M’Hamid et les secteurs proches de la palmeraie peuvent être découverts à pied. Pour rejoindre les anciens villages dispersés dans l’oasis, une voiture, un vélo ou l’accompagnement d’un guide local peuvent être utiles.

Les déplacements au-delà de l’oasis doivent être organisés avec un véhicule adapté et un conducteur connaissant les pistes. Un véhicule tout-terrain ne remplace ni l’expérience du terrain ni les précautions liées au désert.

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Nuit dans le désert à M'Hamid - Par A. Azizi
Nuit dans le désert à M’Hamid – Par A. Azizi

Où dormir à M’Hamid El Ghizlane ?

Dormir à M’Hamid permet de profiter des températures plus douces du matin, de marcher dans la palmeraie avant les fortes chaleurs et de partir vers le désert sans devoir effectuer la route depuis Zagora le même jour.

Le centre de M’Hamid Jdid offre les solutions les plus pratiques, à proximité des commerces, des cafés et des transports. Les hébergements situés autour de la palmeraie, de Bounou ou d’Ouled Driss proposent généralement un environnement plus calme et un contact plus direct avec l’architecture de terre.

Une troisième possibilité consiste à passer la nuit dans un campement proche de l’oasis. Cette formule convient à une première expérience ou à un séjour court. Pour découvrir les grands paysages dunaires, il faut choisir un bivouac plus éloigné vers l’Erg Chegaga et consacrer au minimum deux journées à l’excursion.

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Les dunes de Chegaga - Par A. Azizi
Les dunes de Chegaga – Par A. Azizi

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Au-delà de M’Hamid El Ghizlane

M’Hamid constitue l’aboutissement naturel d’un itinéraire suivant la vallée du Drâa depuis Agdz et Zagora.

En remontant vers le nord sur la route vers Zagora, Tamegroute mérite une halte pour sa zaouïa, sa bibliothèque historique et ses ateliers de poterie. Le village perpétue une tradition céramique ancienne, reconnaissable à ses glaçures vertes aux nuances irrégulières. Certains ateliers accueillent les visiteurs et proposent également des initiations ou des stages de plusieurs jours.

Les anciens villages de la vallée, le ksar de Tissergate et la palmeraie de Zagora prolongent cette découverte des cultures oasiennes.

Dans l’autre direction, la route goudronnée s’arrête. Les pistes conduisent vers l’Erg Chegaga, les espaces désertiques proches d’Iriqui et, pour les traversées les plus longues, vers Foum Zguid Ces itinéraires doivent être préparés avec des professionnels connaissant le terrain.

M’Hamid ne doit donc pas être envisagé comme un simple embarcadère pour une nuit sous une tente. Le village constitue le dernier chapitre d’une vallée façonnée par l’eau et les cultures, mais aussi le premier d’un espace où les distances, les déplacements et les modes de vie répondent à une autre géographie.

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Le four du potier à Tamegroute - Par A. Azizi
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Les gravures rupestres de Foum Zguid - Par A. Azizi
Les gravures rupestres de Foum Zguid – Par A. Azizi

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