
Kasbah et ksar : l’architecture en terre du Sud-Est marocain
Kasbah et ksar sont souvent confondus, alors qu’ils désignent deux formes différentes de l’habitat traditionnel du Sud marocain. La première — tighremt en amazighe — est généralement une grande demeure familiale fortifiée ; le second — ighrem — un habitat collectif regroupé derrière une enceinte. Du Drâa au Tafilalet, en passant par Ouarzazate, Skoura, le Dadès et le Todgha, ces architectures de terre racontent autant les techniques des bâtisseurs que l’organisation sociale, les pouvoirs locaux et l’histoire des routes du Sud-Est marocain.
Quelle différence entre une kasbah et un ksar ?
Dans les paysages du Sud-Est marocain, kasbahs et ksour semblent appartenir à une même famille : mêmes silhouettes de terre, mêmes tours d’angle, mêmes couleurs empruntées au sol. Pourtant, ils ne répondent pas à la même fonction.
La kasbah, dénommée tighremt en amazighe, désigne dans le Sud marocain une grande demeure familiale construite en terre. Elle pouvait appartenir à une famille aisée, à un notable ou à un caïd disposant d’un poids économique, politique ou militaire. Élevée sur plusieurs niveaux, elle est souvent reconnaissable à son plan compact et à ses tours d’angle dont les parties supérieures peuvent être ornées de motifs géométriques.
Son apparence défensive ne doit pourtant pas faire oublier sa fonction première : la kasbah est avant tout une demeure. Certaines ont également servi de lieux de commandement, de contrôle d’un territoire ou d’une route, notamment celles édifiées ou agrandies par de puissantes familles caïdales au XIXe et au début du XXe siècle.
Le mot kasbah mérite lui-même une précision. Il vient de l’arabe classique et renvoie à une forteresse ou une citadelle. L’architecte et anthropologue Salima Naji a montré le paradoxe de l’emploi de ce terme arabe, consacré notamment par les travaux de l’époque coloniale, pour désigner une architecture que les populations amazighes nommaient autrement. Elle montre également comment la « kasbah berbère » est progressivement devenue un véritable archétype touristique du Sud marocain.
Le ksar, ighrem en amazighe, relève d’une autre organisation. Il s’agit d’un habitat collectif, généralement entouré d’une enceinte et organisé autour d’un réseau de ruelles. Plusieurs familles y vivent, avec leurs maisons mais aussi des espaces et équipements communs. L’UNESCO définit ainsi Aït Ben Haddou comme un ensemble de bâtiments de terre regroupés à l’intérieur de murs défensifs renforcés de tours d’angle.
En un coup d’œil
La distinction peut donc se résumer simplement :
- la kasbah est d’abord une grande demeure ;
- le ksar, un village fortifié.

Les techniques de construction des kasbahs et ksour
Ces architectures sont d’abord celles des matériaux disponibles sur place : la terre, la pierre et le bois.
Le pisé constitue le matériau principal de nombreux murs. Une terre légèrement humide, mêlée de cailloutis, est compactée dans des coffrages de bois. Lorsque la première assise a suffisamment séché, une nouvelle peut être élevée au-dessus. Les murs sont particulièrement épais à leur base puis s’affinent progressivement dans les étages.
Présent au Maroc depuis 1923, soit quelques années après la mise en place du Protectorat français, Henri Terrasse est nommé en 1935 chef de service des monuments historiques du Maroc. Il engage alors un vaste programme de restauration et de protection du patrimoine artistique marocain. En 1938, il publie un ouvrage de référence : Kasbas Berbères – De l’Atlas et des oasis.
La description qu’il fait des techniques de construction en pisé illustre son admiration pour ce qu’il découvre :
« Dans des coffrages de bois, on pilonne une terre argileuse détrempée, mêlée de cailloutis. Ce mortier grossier est toujours exempt de chaux. Dès qu’une assise est assez sèche pour avoir une certaine consistance, on passe à la couche suivante. Le mur s’élève ainsi par assises de quatre-vingt centimètres environ de hauteur. L’épaisseur est toujours assez considérable par rapport à sa hauteur : elle atteint couramment dans les grands édifices un mètre à la base, mais diminue jusqu’à cinquante centimètres aux étages supérieurs. »
« Kasbas berbères » – Henri Terrasse
« Le coffrage est fait de madriers et de planches épaisses grossièrement taillées à la hache. Le mortier de terre et de cailloux est étalé par couche de quinze à vingt centimètres. Les maçons montent dans le coffrage et pilonnent le pisé suivant des rythmes invariables, marqués avec une impeccable netteté. »
« Kasbas berbères » – Henri Terrasse
Terrasse ne décrit d’ailleurs pas seulement une technique. Il restitue aussi le son du chantier, les hommes à l’intérieur des coffrages et le rythme collectif du travail.
« Les coups de pilons scandent une mélopée sans cesse reprise. Les paroles de cette chanson de travail ont pu changer bien des fois au cours des siècles mais sa rude et aigre simplicité est telle que ; on croit saisir en elle un des plus vieux chants du monde. Si peu qu’on ait entendu cette âpre mélopée à la fois entraînante, résignée et vaguement douloureuse, on n’oublie jamais la chanson obsédante et le sourd tambourin des batteurs de pisé. »
Henri Terrasse – « Kasbas berbères »


Le pisé n’est pas le seul matériau employé. La brique de terre crue permet notamment d’élever des cloisons et de créer certains décors géométriques. La pierre peut renforcer la base des murs, particulièrement lorsque l’humidité menace leur stabilité.
Le bois joue lui aussi un rôle essentiel dans les linteaux, les planchers, les plafonds et les encorbellements.
« Si le pisé forme les murs principaux, la brique crue sert à édifier les cloisons intérieures.
Henri Terrasse – « Kasbas berbères »
Le bois joue un grand rôle dans cette architecture de terre qui ignore absolument l’arc clavé et la voûte. Tous les linteaux, tous les plafonds, tous les encorbellements sont faits de bois. »
Les matériaux varient selon les territoires et les ressources locales, mais le principe reste le même : bâtir avec ce que fournit l’environnement immédiat et tirer parti de murs épais offrant une forte inertie thermique face aux écarts de température des régions présahariennes.
Les motifs qui couronnent certaines tours montrent également combien construction et décoration peuvent se confondre. Les briques composent elles-mêmes des jeux géométriques de pleins, de vides, d’ombres et de lumière.

Que racontent kasbahs et ksour de la société du Sud-Est ?
Ces bâtiments ne peuvent être compris indépendamment des sociétés qui les ont produits.
Une grande tighremt traduit souvent la position d’une famille dans son territoire. Dans certaines vallées, elle pouvait appartenir à des notables, des commerçants ou des chefs locaux. À Telouet et dans la région de Ouarzazate, l’ascension des Glaoua a ainsi donné naissance ou contribué à l’agrandissement de demeures dont les dimensions exprimaient autant une fonction résidentielle qu’un pouvoir politique.
Le ksar révèle une autre organisation. Derrière l’enceinte se regroupent les maisons mais également les espaces nécessaires à la communauté : lieux de réunion, mosquée, réserves, greniers, aires de travail ou de commerce. Les ruelles resserrées et les passages couverts protègent aussi du soleil et du vent.
À Aït Ben Haddou, les espaces communautaires identifiés comprennent notamment mosquée, place publique, aires de battage, fortification et grenier, caravansérail et cimetières musulman et juif.
Kasbahs et ksour sont également liés aux circulations qui ont traversé le Sud marocain. Plusieurs se situaient sur des itinéraires reliant Marrakech, les cols de l’Atlas, les oasis du Drâa et les territoires sahariens. Aït Ben Haddou fut ainsi l’un des nombreux relais de la route commerciale reliant l’ancien Soudan à Marrakech par la vallée du Drâa et le Tizi n’Telouet.
Cette histoire fut celle de populations diverses. Des communautés amazighes, arabes, haratines et juives ont vécu et échangé dans les oasis et les ksour du Sud-Est. Certains lieux conservent encore maisons, cimetières, synagogues ou quartiers associés à cette présence juive.

Comment la kasbah est-elle devenue une icône du Sud marocain ?
Le terme même de kasbah, mot arabe parfois écrit casbah ou kasba, a été popularisé par les travaux de différentes personnalités, ingénieurs, chercheurs universitaire ou artistes peintres, toutes parvenues jusqu’à ces contrées alors méconnus au-delà de l’Atlas à partir de l’implantation au Maroc des puissances europénnes et surtout sous l’implusion d’Hubert Lyautey, premier résident général du protectorat français.
L’historien Henri Terrasse aura été le premier à documenter en détail les différentes kasbahs. Il engagera avec les autorités du Protectorat français la mise en oeuvre d’un vaste programme de sauvegarde et de préservation de ce patrimoine architectural alors à l’abandon. Son ouvrage « Kasbas berbères » publié en 1938 fera référence.
« Dès qu’on a passé les cols de l’Atlas, on se sent à l’entrée d’un pays nouveau. Là expire le monde médirerranéen et là commence le monde saharien. Là se place, bien plus qu’aux rivages de la Berbérie, la frontière entre l’Europe et la véritable Afrique. En même temps que la végétation se raréfie, que changent la lumière et la couleur même du sol, d’autres architectures apparaissent. La pierre sèche cède la place au pisé et à la brique crue, tandis que se dessinent des formes d’une pureté et d’une régularité nouvelles. »
Henri Terrasse – « Kasbas berbères »

Le véritable pionnier de la découverte de ce trésor patrimonial est sans conteste l’explorateur Charles de Foucauld qui parcourt ces territoires en 1883 – 1884 pour le compte de la Société de géographie de Paris. Il publiera l’année suivante le journal de son expédition sous le titre Reconnaissance au Maroc. La description qu’il fait de ce qu’il découvre au fil de ses marches dans l’oued Drâa commence à forger dans l’imaginaire de tous la figure mystérieuse de ces kasbahs hors du temps qui deviendront à la fois le repère identitaire d’un peuple, le peuple amazigh, et l’icone internationale d’une nouvelle activité promue à une forte expansion, le tourisme.

Après avoir franchi l’Atlas, Charles de Foucauld, accompagné de son guide le rabbin Mardochée Aby Serour, arrive dans la vallée d’Ounila où il peut admirer les casbahs d’Anemiter. Il écrit alors dans son carnet de route :
« Une vallée qui présente un aspect aussi riant, aussi gai que les solitudes qui la bordent sont mornes et tristes. Au fond, coule un torrent dont les deux rives sont, sans interruption, garnies de jardins et de cultures ; au milieu des figuiers, des oliviers, des noyers, s’élèvent en foule des villages, des groupes de maisons, des kasbahs aux gracieuses tourelles, aux terrasses crénelées, aux balustrades à jour ; maisons aux murailles couvertes de dessins et de moulures ; ksar dont les enceintes, du pied jusqu’au faîte, ne sont qu’arabesques et qu’ornements. Dans ces belles contrées, même la demeure la plus pauvre présente l’aspect du bien-être. Peu de demeures sont blanches : de loin en loin, quelque zaouïa ou les créneaux d’une kasbah ; le reste a la teinte brun-rouge du grès et du pisé. »
Charles de Foucauld – Reconnaissance au Maroc
Quelques décennies plus tard, Jacques Majorelle contribue puissamment à transformer ces architectures en images. Dès les années 1920, les kasbahs de l’Atlas et les vallées du Sud deviennent l’un des grands motifs de son œuvre. Sa première exposition parisienne consacrée aux Kasbahs de l’Atlas participe à leur découverte par un public européen.
Dans la vallée de l’Ounila, que Foucauld avait parcourue avant lui, Majorelle retrouve cette combinaison de terre, de minéral et de lumière qui deviendra essentielle dans sa peinture.
Le travail documentaire et patrimonial mené sous le Protectorat, les publications, la peinture puis le développement des circuits touristiques vont progressivement fixer une image : celle de la kasbah aux quatre tours, monument devenu symbole du Sud.

Salima Naji a montré comment cette forme a ensuite été reproduite et parfois pastichée bien au-delà de l’habitat traditionnel : hôtels, administrations, restaurants ou stations-service ont repris tours crénelées et volumes quadrangulaires jusqu’à faire de la « kasbah » un archétype touristique.
L’icône finit ainsi parfois par masquer le bâtiment réel.
A découvrir : Jacques Majorelle dans le Haut Atlas marocain : quand le minéral devient lumière

Pourquoi cette architecture de terre est-elle si fragile ?
La fragilité des kasbahs et des ksour ne tient pas simplement au matériau terre.
Henri Terrasse avait déjà parfaitement identifié le problème dans les années 1930 : l’eau et l’absence d’entretien.
« Les murs ainsi constitués prennent en séchant une grande dureté. Leur pire ennemi est l’humidité qui les pénètre et les désagrège peu à peu. Dans les régions montagneuses où la bâtisse de pisé se trouve à la limite de résistance, on bâtit parfois de pierre sèche ou de moellons liaisonnés de terre la base des murs.
Henri Terrasse – « Kasbas berbères »
Sans doute ces murs sont recouverts d’un enduit de terre, le plus souvent mêlée de paille hachée, assez soigneusement lissé et qui résiste quelque temps à la pluie. (…) Pour donner à ces édifices de pisé quelque durée, il faut les entretenir sans cesse : assurer la base des murs et refaire les enduits. »
Une architecture de terre est en effet une architecture qui s’entretient. Les enduits doivent être repris, les terrasses surveillées, les infiltrations stoppées et les parties dégradées réparées. Lorsque l’habitat est abandonné, ce cycle se rompt.
C’est aujourd’hui l’une des menaces majeures. L’UNESCO souligne pour Aït Ben Haddou la vulnérabilité des bâtiments de terre liée au manque d’entretien et de réparations régulières consécutif au départ de nombreux habitants. Elle évoque plus largement les transformations socio-économiques et culturelles qui fragilisent cet habitat traditionnel.
Le séisme du 8 septembre 2023 a également touché plusieurs édifices du Haut Atlas et du Sud marocain. Pour le ksar d’Aït Ben Haddou, des diagnostics et travaux de stabilisation puis de restauration ont été engagés après le tremblement de terre ; l’UNESCO suit encore ces interventions. Il vaut mieux écrire cela que maintenir l’actuelle conclusion trop générale selon laquelle « la terre crue résiste mal aux secousses ».
Préserver une kasbah ou un ksar ne consiste donc pas uniquement à sauver des murs. Il faut également préserver les techniques permettant de les entretenir et, lorsque cela reste possible, les usages qui donnent encore une raison de les maintenir debout.
Kasbahs et ksour découvrir dans le Sud-Est marocain
Le ksar d’Aït Ben Haddou
Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, Aït Ben Haddou est devenu l’image internationale du ksar du Sud marocain.
Son intérêt dépasse pourtant largement sa silhouette. Mais il faut corriger une affirmation de l’actuelle page : les constructions visibles ne semblent pas antérieures au XVIIe siècle. L’UNESCO précise que les structures et techniques employées sont, elles, beaucoup plus anciennes dans les vallées du Sud marocain.
L’ensemble permet de lire aussi bien les maisons que les espaces communautaires et illustre de manière exceptionnellement complète les techniques de construction présahariennes en terre.
Sur Google mapsDécouvrir : Ksar d’Aït Ben Haddou : le village de terre devenu icône
Approfondir : Il était une fois au Sud Est du Maroc, quatre princesses chrétiennes …

La kasbah de Taourirte à Ouarzazate
Dominant la ville d’Ouarzazate, la kasbah de Taourirte est l’un des joyaux architecturaux du Sud marocain. Construite au XVIIIᵉ siècle, elle fut le siège du pouvoir de la puissante famille Glaoui, qui contrôlait les routes caravanières reliant le Sahara aux grandes villes impériales du Maroc.
Aujourd’hui classée au patrimoine national, la kasbah est un site incontournable pour les visiteurs d’Ouarzazate. Elle incarne à la fois le raffinement de l’architecture saharienne et le faste des grandes familles berbères ayant marqué l’histoire du Maroc.
Sur Google mapsApprofondir : La casbah de Taourirte

Le ksar de Tamnougalt
Ancienne capitale de la tribu berbère des Mezguita, le ksar de Tamnougalt s’élève depuis le XVIe siècle sur un éperon rocheux dominant la vallée du Drâa. Sa position, à la sortie sud d’Agdz, en faisait un verrou stratégique sur la route des caravanes reliant Marrakech à Tombouctou.
Ceint de remparts en pisé, le ksar se traverse par quatre portes, la principale ouvrant sur une place adossée au marabout de Sidi Abdellah ben Ali. Un dédale de ruelles, parfois couvertes, dessert des maisons aux tours effilées et aux murs à motifs géométriques — l’empreinte d’un savoir-faire partagé par les communautés amazighe et juive qui y cohabitaient jusque dans les années 1960.
Sur son piton rocheux voisin, la kasbah du caïd domine encore l’ensemble, désertée mais debout. Une partie du site a été restaurée en musée, où sont conservés outils agricoles et objets du quotidien qui racontent la vie d’autrefois.
Sur Google maps
La kasbah de Telouet
Telouet signifie lieu de rencontre, lieu de réunion. Construite durant la deuxième moitié du 19ème siècle, cette imposante demeure était à la fois une résidence familiale et une base militaire dominant la piste caravanière vers le sud.
La kasbah devient ensuite le lieu de la famille Glaoui d’où seront issus différents caïds qui auront autorité sur une grande partie du sud est marocain. Les travaux d’agrandissement du bâtiments sont engagés. La particularité de la kasbah réside dans l’utilisation de la pierre pour la construction des forteresses qui sont orientées vers le sud et du pisé pour les autres parties.
La route qui descend de Telouet vers Aït Ben Haddou par la vallée de l’Ounila traverse également le territoire qui fascina Foucauld puis Jacques Majorelle.
Sur Google mapsApprofondir : Telouet, le berceau des seigneurs de l’Atlas.

La kasbah Amridil
Au milieu de la palmeraie, Amridil est devenue l’une des images les plus connues de la tighremt du Sud marocain. Sa visite permet de lire très concrètement l’organisation d’une grande demeure : tours, espaces domestiques, dépendances agricoles, réserves et objets de la vie quotidienne.
Approfondir : La palmeraie de Skoura, l’oasis par excellence
Sur Google maps
La kasbah de Talmalsa
Sur la rive droite de l’oued Ouarzazate au niveau du douar de Talmalsa se situe la kasbah dite des cigognes. C’est une propriété privée de la famille des Glaoui. Autrefois elle servait de lieu de commandement. Aujourd’hui, la kasbah n’est que ruines.
Construite en pisé et en briques de terre crue, cette kasbah se compose de trois niveaux dont le plus haut était riche en décoration, ainsi que les tours du mur d’enceinte. Les terrasses et la majorité des plafonds sont effondrées en plus des murs intérieurs et extérieurs.
Sa valeur est aussi mémorielle : celle des habitants qui l’ont connue et des communautés dont elle conserve encore les traces.
Sur Google mapsApprofondir : La casbah de Telmasla racontée par ses anciens

Les kasbahs ailleurs qu’au Maroc
L’architecture des kasbahs marocaines est emblématique du Sud-Est du Maroc, mais ce style architectural ne lui est pas exclusif. On retrouve des constructions similaires dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, où les techniques de construction en terre crue et les forteresses défensives ont été adaptées aux contextes locaux.
En Algérie, on trouve des ksour et kasbahs avec une architecture proche de celle du Maroc.
- La Casbah d’Alger (classée à l’UNESCO) est une médina fortifiée, bien que plus urbaine que les kasbahs du Sud-Est marocain.
- Le M’zab (Ghardaïa) abrite des ksour en terre crue, similaires aux ksour du Tafilalet marocain.
En Tunisie :
- Les ksour du sud tunisien (comme ceux de Tataouine, Chenini et Douiret) ressemblent aux ksour marocains dans leur fonction défensive et leur construction en terre crue.
- Certains greniers fortifiés appelés gourbis ou ghorfas rappellent l’architecture des kasbahs marocaines.
En Mauritanie :
- La ville de Chinguetti, avec ses bâtiments en pierre et en terre crue, est comparable aux kasbahs marocaines dans l’utilisation des matériaux locaux et des systèmes défensifs.
Dans le Sahara et au Sahel (Mali, Niger, Tchad) :
- L’architecture en terre crue est également présente au Mali avec la Mosquée de Djenné, bien que son style diffère des kasbahs marocaines.
- Les villages fortifiés du Niger et du Tchad partagent des similitudes avec les kasbahs et ksour du Sud marocain.

Quelle place pour les communautés juives dans les ksour ?
La présence juive dans les vallées du Drâa, du Sous et du Ziz est ancienne et a laissé des traces dans plusieurs ksour : quartiers, maisons, synagogues et cimetières. Ces espaces s’inscrivent dans les mêmes traditions constructives en terre que le reste de l’habitat régional. Il serait donc hasardeux d’attribuer aux communautés juives l’introduction du pisé ou des formes fortifiées : ce patrimoine témoigne surtout d’une histoire partagée de l’habitat en terre du Sud marocain.
Point à retenir
- Une kasbah ou tighremt est généralement une grande demeure familiale en terre ; un ksar ou ighrem est un habitat collectif regroupé derrière une enceinte.
- Le pisé, la brique de terre crue, la pierre et le bois constituent les principaux matériaux de cette architecture.
- Ces bâtiments racontent autant l’organisation sociale, les pouvoirs locaux et les routes commerciales que les techniques des bâtisseurs.
- Foucauld, Majorelle, Terrasse puis le développement du tourisme ont contribué à faire de la kasbah une icône du Sud marocain.
- L’abandon et la disparition de l’entretien régulier figurent parmi les principales menaces qui pèsent sur ce patrimoine.
- Taourirte, Amridil, Telouet, Tamnougalt, Aït Ben Haddou et Telmasla permettent d’en découvrir sur le terrain des formes et des histoires très différentes.
Utilisez le formulaire de contact.
Nous serons heureux de répondre à vos questions.


