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La casbah de Taourirte, Ouarzazate

Il était une fois la casbah de Taourirte

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La casbah de Taourirte incarne le symbole historique, culturel et économique de Ouarzazate et de la région Sud Est du Maroc en général. Taourirte, vivante par son riche héritage, s’intègre harmonieusement dans le présent de Ouarzazate et s’impose comme un des piliers de son futur. Elle est à la fois la fierté de la ville et le moteur de son développement. Cependant, son identité ne se résume pas à un monument vide de toute essence humaine. Taourirte reflète l’intelligence, le mode de vie, les origines et les traditions de ceux qui l’ont construite et qui y ont vécu. Ses murailles, ses tours, ses motifs, son emplacement, sa répartition … tout a un sens. Tout en elle mérite d’être revisité et valorisé pour redécouvrir la vie romancée d’une casbah et anticiper son rayonnement durable dans tous les temps.

La tradition orale raconte que Taourirte a été construite, au début, au milieu des jardins qui jouxtent la rive nord d’Oued Ouarzazate. A l’époque, elle s’appelait Ighrem n’Tassyart ou le « château de Tassayrt (Tassyart, un vocable présent dans le jargon local de l’irrigation notamment propre au séguia, canal d’eau. On disait avant « la séguia de Tassyart à été endommagée » pour dire la séguia de Taourirt.) La légende relatait que des chorfa venus de Tafilalet ou de Zaouia Naciria Tamgrout (descendants de la lignée du prophète) avaient averti les habitants des crues de l’oued qui risquèrent de submerger leur village. Certains vieux disaient aussi qu’une voix leur cria, la nuit en plein sommeil, au moment où les grondements des crues s’approchèrent de leur village : « Taourirte, Taourirte… !» ou « la colline, la colline… ! » pour les alerter à s’abriter au sommet de la colline voisine. Ce récit purement légendaire serait un vrai témoignage d’un temps où les crues débordées de leur lit avaient inondées les zones habitées, proches des rives de Oued Ouarzazate.

Depuis, les habitants allaient s’installer sur la colline « Taourirte ». D’où elle tient son nom jusqu’à aujourd’hui. Les premières familles originaires de Tassyart, déménagèrent alors vers la nouvelle Tighremt n’ Tourirte « château de la colline ».

D’autres familles ont ensuite émigré depuis les régions de Foumz Zguit et du Drâa moyen… en fuyant la famine, les guerres et les épidémies pour s’installer à Taourirte.

Politiquement, Taourirte faisait partie de la confédération des Ait Ouaouzguit sous l’autorité d’Amghar Âabbou (Amghar : chef séculier désigné par ses contribules). Les habitants lui ont construit une modeste maison juste à côté de la porte dite « tassendert » (aujourd’hui maison d’hôte Dar Kamar), avant de lui aménager une demeure digne de son rang de chef à Tigmi n’izrgan littéralement “maison des moulins en pierre” qui deviendra depuis Tigmi n’Oumghar ou la maison du chef de la communauté (située à l’intérieur du palais, délabrée et non ouverte aux visiteurs). C’est une maison construite en architecture sobre avec une décoration imprégnée de couleurs locales.

L’arrivée des Glaoua et le début d’une nouvelle ère

Les Gloua ont réussi à évincer les Ait Ouaouzguite et Amghar Ali d’Ait Benhaddou pour s’imposer comme nouveaux maitres d’un vaste territoire dans le Sud Est du Maroc. Après l’assassinat d’Amghar Âabbou, Amghar Ahmad succéda à son père. Puis son fils Amghar Mohamed ou’ Hmad ou’ Âabbou, suzerain des caïds de Tamnougalt, dont le pouvoir a duré presque un an et demi avant d’être assassiné à son tour. Cet incident marqua la fin du pouvoir de la dynastie des Ait Ben Ali et l’instauration du pouvoir des Glaoua, apport extérieur implanté dans la structure sociopolitique de Taourirte.

Il ne s’agissait pas seulement d’une transition de dynastie mais aussi du début d’une nouvelle ère avec un changement remarquable de l’histoire, du rôle politique, de l’architecture de Taourirte qui incarnait l’image de l’ambition expansionniste et somptueuse des Glaoua sur tous les niveaux.

Thami Elglaoui, pacha de Marrakech à l’époque, désigna son frère Si Hmmadi khalifat à Taourirte. Ce dernier sera affaibli après la mort de son fils tué dans une harka contre la Zaouia d’Ahnsal, un deuil accablant auquel succomba le père en 1937.

Les tribus des Ait Ouarzazate de Zaouit Sidi Outman à Ghalil (actuellement lac Elmansour Eddahbi) se sont dressés contre le pouvoir des Glaoua sur la région de Ouarzazate. Un confit acharné commença alors. Les tribus rebelles de Ouarzazate assiégèrent la casbah de Taourirte pendant deux ans. A quelques pas de la casbah s’établit un autre adversaire hostile au Glaoua : Ait Tameghzazte (aujourd’hui zone touristique). Le Glaoui les anéantira plus tard, se retirant par là, à jamais, une épine du pied. Cette écrasante gloire militaire a été favorisée en grande partie par les fusils, les obus et surtout le canon de bronze Krupp (aujourd’hui exposé dans la casbah de Taourirte) dont Moulay El Hassan a fait cadeau à Elmadani Elglaoui lors de son expédition (harka) vers Tafilelet en 1893.

Lhaj Oulaid, un ancien de Taourirte, Ouarzazate par Amine Kasmi.

Les Glaoua se montraient liants

A leur zèle de guerriers farouches, les glaoua joignent une diplomatie souple. Pour mieux asseoir leur pouvoir et gagner la confiance, la soumission et le ralliement de la population, les caïds Glaoua se montraient bienveillants particulièrement à l’égard de la communauté de Taourirte qui les acceuille. Un gage de confiance partagé entre les maitres et leurs sujets pour éviter toute rébellion.

Fins stratèges, les Glaoua se servaient également d’un autre moyen plus efficace pour se dissoudre dans la population locale et pacifier avec leurs redoutables ennemis : les relations matrimoniales. Lalla Sfia Hmad, Lalla Ijja Hmad, Lalla Ghanima, toutes descendantes des familles de notables locaux, sont devenues des femmes des chefs Glaoua.

Une fois la domination des Glaoua étendue sue la région, la casbah de Taourirte allait devenir un remarquable site au niveau militaire, politique, économique, architectural, culturel et démographique. Elle obtient, par mérite, le statut d’une cité plus urbaine que rurale.

Le règne des Glaoua sur Taourirte a duré jusqu’à l’indépendance du Maroc en l’occurrence 1956. Si Hmmadi, Mohamed Ben Hmmadi, Boubker Ben El Madani, Mohamed El Mahdi Ben Hmmadi se sont tous succédés au pouvoir sur Taourirte.

La fin du règne des Glaoua et le déclin de la casbah de Taourirte

La destitution des Glaoua s’accompagne de l’éclipse de Taourirte. Longtemps symbole de rayonnement, tout d’un coup, elle sera abandonnée à son sort. Cependant, de nos jours, perdurent les traces d’une époque glorieuse illustrée par le palais, quelques majestueuses tours, une belle architecture…

Aujourd’hui, tous ces temps sont révolus. Mais Taourirte reste l’icône emblématique de Ouarzazate. Elle assure incontestablement le rôle de pivot de l’économie touristique locale et régional.

Certes Taourirte préserve encore sa notoriété et son rayonnement, mais elle mérite d’être mieux valorisée. Car la Casbah de Taourirte a une passionnante histoire vivante dans la mémoire de ses natifs, un merveilleux espace à mettre au profit de la culture, de l’art et du service public particulièrement destiné aux visiteurs… Elle a une économie touristique de proximité à organiser en concertation avec les propriétaires des maisons d’hôtes, les guides locaux, les bazaristes ; de belles bâtisses à restaurer …

Les anciens nous ont légué ce joyau en terre devenu patrimoine mondial.

Il appartient à toutes les forces vives de la ville non seulement de sauvegarder cet héritage mais aussi d’optimiser sa valorisation économique, culturelle et sociale afin que la Casbah de Taourirte ne soit pas seulement l’emblème touristique de Ouarzazate mais aussi son coeur culturel et, au fil du temps, la fierté des Ouarzazi.

Crédit Photographie : Eric Anglade

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