Taourirte est la médina ancienne de Ouarzazate, fief des anciens caïds Glaoui et aujourd'hui lieu mémoire du territoire

Il était une fois la casbah de Taourirte

La casbah de Taourirte est l’un des principaux témoins de l’histoire de Ouarzazate. Bien avant la création de la ville moderne, Taourirte constituait un lieu d’habitat et de pouvoir établi au bord de l’oued. Son histoire mêle traditions orales, rivalités locales, ascension des Glaoua et profondes transformations du XXe siècle.

Mais Taourirte ne se résume pas à la silhouette monumentale de sa casbah. Ses murs, ses tours, ses maisons et les récits transmis par ses habitants racontent aussi les manières de vivre et les rapports de pouvoir qui ont façonné ce territoire.

Que raconte la tradition orale sur les origines de Taourirte ?

La tradition orale raconte que Taourirte a été construite, au début, au milieu des jardins qui jouxtent la rive nord d’Oued Ouarzazate. A l’époque, elle s’appelait Ighrem n’Tassyart ou le château de Tassayrt (Tassyart, un vocable présent dans le jargon local de l’irrigation notamment propre au séguia, canal d’eau. On disait avant la séguia de Tassyart a été endommagée pour dire la séguia de Taourirt.) La légende relatait que des chorfa venus de Tafilalet ou de Zaouia Naciria Tamgrout (descendants de la lignée du prophète) avaient averti les habitants des crues de l’oued qui risquèrent de submerger leur village.

Certains vieux disaient aussi qu’une voix leur cria, la nuit en plein sommeil, au moment où les grondements des crues s’approchèrent de leur village : « Taourirte, Taourirte… ! » ou « la colline, la colline… ! » pour les alerter à s’abriter au sommet de la colline voisine. Ce récit purement légendaire serait un vrai témoignage d’un temps où les crues débordées de leur lit avaient inondées les zones habitées, proches des rives de Oued Ouarzazate.

Depuis, les habitants allaient s’installer sur la colline « Taourirte ». D’où elle tient son nom jusqu’à aujourd’hui. Les premières familles originaires de Tassyart, déménagèrent alors vers la nouvelle Tighremt n’ Tourirte, le château de la colline.

D’autres familles ont ensuite émigré depuis les régions de Foumz Zguit et du Drâa moyen… en fuyant la famine, les guerres et les épidémies pour s’installer à Taourirte.

Politiquement, Taourirte faisait partie de la confédération des Ait Ouaouzguit sous l’autorité d’Amghar Âabbou (Amghar : chef séculier désigné par ses contribules). Les habitants lui ont construit une modeste maison juste à côté de la porte dite « tassendert » (aujourd’hui maison d’hôte Dar Kamar), avant de lui aménager une demeure digne de son rang de chef à Tigmi n’izrgan littéralement « maison des moulins en pierre » qui deviendra depuis Tigmi n’Oumghar ou la maison du chef de la communauté (située à l’intérieur du palais, délabrée et non ouverte aux visiteurs). C’est une maison construite en architecture sobre avec une décoration imprégnée de couleurs locales.

L’arrivée des Glaoua et le début d’une nouvelle ère

Les Glaoua parvinrent progressivement à s’imposer face aux pouvoirs locaux et firent de Taourirte l’un de leurs principaux points d’appui dans la région de Ouarzazate. Après l’assassinat d’Amghar Âabbou, son fils Amghar Ahmad lui succéda, puis Mohamed ou Hmad ou Âabbou, dont le pouvoir fut à son tour interrompu par son assassinat.

Ces événements marquèrent le recul des anciennes autorités locales et l’installation durable du pouvoir des Glaoua à Taourirte.

Il ne s’agissait pas seulement d’un changement de dirigeants. La nouvelle domination transforma profondément le rôle politique et militaire de Taourirte, mais aussi son architecture. La casbah fut agrandie et devint progressivement une résidence de pouvoir à la mesure des ambitions des Glaoua dans le Sud marocain.

La casbah de Taourirte autrefois

Si Hammadi El Glaoui, frère de Madani et de Thami El Glaoui, s’établit à Taourirte et y exerça le pouvoir jusqu’à sa mort en 1937 Ce dernier sera affaibli après la mort de son fils tué dans une harka contre la Zaouia d’Ahnsal, un deuil accablant auquel succomba le père en 1937.

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Les tribus des Ait Ouarzazate de Zaouit Sidi Outman à Ghalil (actuellement lac Elmansour Eddahbi) se sont dressés contre le pouvoir des Glaoua sur la région de Ouarzazate. Un confit acharné commença alors. Les tribus rebelles de Ouarzazate assiégèrent la casbah de Taourirte pendant deux ans. A quelques pas de la casbah s’établit un autre adversaire hostile au Glaoua : Ait Tameghzazte (aujourd’hui zone touristique). Le Glaoui les anéantira plus tard, se retirant par là, à jamais, une épine du pied. Cette écrasante gloire militaire a été favorisée en grande partie par les fusils, les obus et surtout le canon de bronze Krupp (aujourd’hui exposé dans la casbah de Taourirte) dont Moulay El Hassan a fait cadeau à Elmadani Elglaoui lors de son expédition (harka) vers Tafilelet en 1893.

Les Glaoua se montraient liants

A leur zèle de guerriers farouches, les glaoua joignent une diplomatie souple. Pour mieux asseoir leur pouvoir et gagner la confiance, la soumission et le ralliement de la population, les caïds Glaoua se montraient bienveillants particulièrement à l’égard de la communauté de Taourirte qui les accueille. Un gage de confiance partagé entre les maîtres et leurs sujets pour éviter toute rébellion.

Fins stratèges, les Glaoua se servaient également d’un autre moyen plus efficace pour se dissoudre dans la population locale et pacifier avec leurs redoutables ennemis : les relations matrimoniales. Lalla Sfia Hmad, Lalla Ijja Hmad, Lalla Ghanima, toutes descendantes des familles de notables locaux, sont devenues des femmes des chefs Glaoua.

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Une fois la domination des Glaoua étendue sue la région, la casbah de Taourirte allait devenir un remarquable site au niveau militaire, politique, économique, architectural, culturel et démographique. Elle obtient, par mérite, le statut d’une cité plus urbaine que rurale.

Après la mort de Si Hammadi en 1937, Mohamed ben Hammadi, Boubker ben El Madani puis Mohamed El Mahdi ben Hammadi se succédèrent à la tête de Taourirte jusqu’à l’indépendance du Maroc en 1956.


Lhaj Oulaid, un ancien de Taourirte, Ouarzazate par Amine Kasmi.

La fin du règne des Glaoua et le déclin de la casbah de Taourirte

La fin du pouvoir des Glaoua en 1956 entraîna celle du rôle politique que Taourirte avait joué pendant plusieurs décennies. Le vaste ensemble perdit progressivement ses fonctions anciennes tandis que la ville moderne de Ouarzazate poursuivait son développement autour du centre administratif créé sous le Protectorat.

Taourirte n’en demeure pas moins l’un des principaux témoins du Ouarzazate d’avant la ville moderne. Le palais des caïds, les tours de terre, les maisons du ksar voisin et les souvenirs transmis par ses habitants conservent les traces de cette histoire.

Depuis la fin des années 1980, plusieurs campagnes de conservation et de restauration ont tenté de préserver cet ensemble fragile en terre. Le CERKAS et le Getty Conservation Institute ont notamment engagé à partir de 2011 un important travail d’étude et de planification de sa conservation, dont le rapport final a été publié en 2026.

Le séisme du 8 septembre 2023 a rappelé la vulnérabilité de ce patrimoine et entraîné de nouvelles interventions. Aujourd’hui encore, Taourirte reste donc un monument en devenir : à la fois lieu de mémoire, ensemble habité et patrimoine architectural dont la sauvegarde se poursuit.

Son intérêt dépasse ainsi la seule visite touristique. Comprendre Taourirte, c’est aussi comprendre une partie des origines de Ouarzazate et des transformations politiques qui ont façonné le Sud-Est marocain aux XIXe et XXe siècles.

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Visiter la casbah de Taourirte :
informations pratiques

Où se trouve-t-elle ?
La casbah se situe avenue Mohammed V, à l’est du centre de Ouarzazate, juste à côté du ksar de Taourirte et face au Musée du cinéma.

Que peut-on visiter ?
La visite concerne une partie de l’ancienne résidence des caïds Glaoua, avec ses cours, ses passages et certaines pièces décorées. Une grande partie de l’ensemble reste cependant inaccessible.

Travaux en cours
La casbah a été endommagée par le séisme de septembre 2023 et fait toujours l’objet de travaux de conservation et de restauration. En 2026, l’accès demeure partiel et peut évoluer en fonction du chantier.

Horaires et tarif
Les conditions de visite étant susceptibles de changer pendant les travaux, mieux vaut vérifier les horaires et le tarif directement sur place.

Combien de temps prévoir ?
Environ 30 à 45 minutes pour la partie accessible, davantage si l’on poursuit la découverte à pied dans le ksar voisin.

Conseil Sudestmaroc.com
Taourirte prend tout son intérêt lorsqu’on ne s’arrête pas à la seule visite du palais. Parcourir également le ksar permet de mieux comprendre le noyau ancien de Ouarzazate et de replacer la casbah dans son environnement historique.

À proximité : Musée du cinéma et centre artisanal de Ouarzazate.

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1 commentaire
  1. Sans trop vouloir polémiquer sur les vérités historiques ou sur la vérité de l’histoire de la conquête de Ouarzazate par les Glouas, et après avoir passé en revue les faits historiques – d’après votre article – qui ont préside à la naissance et à la fondation de la cité moderne de Taourirte.. qui doit en concluant s’accommoder avec des visions de développement … Je trouve que votre article est doublement intéressant, l’histoire coïncide et s’entremêle au géo-marketing. Et où le vœu dénonce le Titre — il était une fois … demain —

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