Ksar de Tamnougalt : la cité des caïds de la vallée du Drâa
Ancienne capitale de la tribu berbère des Mezguita, ce ksar du XVIe siècle veillait sur la route des caravanes reliant Marrakech à Tombouctou. Aujourd’hui encore, ses remparts de pisé et sa palmeraie racontent une histoire de pouvoir, de commerce et de cohabitation entre communautés.
Tamnougalt n’a pas le renom d’Aït Ben Haddou, et c’est précisément ce qui en fait l’intérêt. Vingt années de présence dans le Sud-Est marocain nous l’ont montré : les lieux qui échappent aux cars de tourisme sont souvent ceux qui parlent le plus juste. Ici, le ksar se visite comme il se vivait — au rythme d’un ancien qui ouvre une porte, raconte les caïds d’autrefois, ou montre du doigt la maison où vivait telle famille juive avant les départs. Rien n’est mis en scène. C’est cette authenticité, plus que la seule architecture, qui mérite le détour.
Pourquoi visiter Tamnougalt ?
Fondé au XVIe siècle, le ksar de Tamnougalt s’élève sur un éperon rocheux dominant la vallée du Drâa, à la sortie sud d’Agdz. Ancienne capitale de la tribu des Mezguita et résidence des caïds qui gouvernaient la région, il occupait une position stratégique sur la route des caravanes transsahariennes, entre Marrakech et Tombouctou.
Ceint de remparts en pisé percés de quatre portes, le ksar se traverse par un dédale de ruelles, parfois couvertes, desservant des maisons aux tours effilées et aux murs ornés de motifs géométriques. Cette architecture porte l’empreinte d’un savoir-faire partagé : Amazighs, Arabes et Juifs y ont cohabité pendant des générations, jusqu’aux départs des années 1960.
Au début du XXe siècle, Tamnougalt fut gouverné par lecaïd Si Ali, dernier grand représentant d’une lignée de caïds des Mezguita liée au Makhzen. Depuis sa kasbah dominant la palmeraie, il exerçait son autorité sur l’oasis et ses routes. En 1930, il y reçut une mission française venue reconnaître la région. Les récits locaux gardent aussi de lui l’image d’un fidèle du sultan, opposé à la puissance grandissante de Thami El Glaoui.
A lire : Thami El Glaoui au service du protectorat français, du Sultan et de lui-même
Sur son piton rocheux voisin, la kasbah des caïds domine encore l’ensemble. Largement désertée et endommagée, elle conserve pourtant des éléments remarquables — plafonds en bois peints, plâtre ciselé — qui témoignent du raffinement de ses anciens occupants.
Moins visité qu’Aït Ben Haddou, mieux préservé dans son tissu social que bien des ksour de la région, Tamnougalt offre une lecture rare de l’histoire politique et marchande du Sud marocain.

Que faire à Tamnougalt ?
Explorer les ruelles du ksar
Le village fortifié se parcourt à pied, entre maisons de terre encore habitées et demeures abandonnées. La porte principale ouvre sur une place adossée au marabout de Sidi Abdellah ben Ali, point de repère pour s’orienter dans le dédale des ruelles couvertes.
Le ksar est vaste et ses ruelles peuvent dérouter. Un guide local aide à en saisir l’histoire et l’organisation sociale, invisibles au premier regard.


Visiter la kasbah des caïds
Bâtie en pisé sur trois niveaux organisés autour d’un patio, la kasbah des Mezguita témoigne du style architectural introduit par les grandes familles caïdales du Sud, proche de celui des kasbahs glaouis. Une partie du site, restaurée, présente aujourd’hui outils agricoles et objets du quotidien.
Certaines salles restent fragiles ou fermées à la visite. Se renseigner sur place avant de s’y engager.
La visite de la kasbah est payante.Se promener dans la palmeraie et longer l’oued Drâa
Le ksar se reflète dans les eaux de l’oued Drâa, encadré par une palmeraie où circulent encore les séguias, ces canaux d’irrigation traditionnels. Une marche à travers les jardins de dattiers, de henné et de figuiers permet de comprendre le lien étroit entre le site fortifié et l’oasis qui le nourrit.
Des coopératives de dattes peuvent être visitées dans la palmeraie d’Agdz.
Arpenter le souk hebdomadaire d’Agdz
Chaque jeudi, le souk d’Agdz rassemble commerçants et habitants des villages environnants pour un marché coloré : légumes, épices, textiles, quincaillerie et bétail. Une immersion complémentaire à la visite du ksar, à quelques kilomètres de là.
Le souk se tient uniquement le jeudi.A lire : L’oasis de Skoura est irriguée par des canaux souterrains
Sur les traces de la mémoire juive
Au cœur de la vallée du Drâa, Tamnougalt fut longtemps un carrefour majeur entre l’Atlas, le Sahara et les oasis du Sud. Une communauté juive y vivait dans un quartier identifié comme le mellah, intégrée à la vie économique du ksar. Ses membres participaient au commerce local, à l’artisanat et aux échanges caravaniers reliant le Maroc à l’Afrique subsaharienne.
Leurs maisons, construites en terre, partageaient les mêmes formes et techniques que le reste de l’architecture locale. En 1934, une enquête recensait encore une cinquantaine de foyers juifs à Tamnougalt et dans le village voisin d’Asselim n’Izder. Le déclin des routes caravanières, puis les départs des années 1950 et 1960, mirent fin à cette présence.
Les vestiges du mellah rappellent aujourd’hui une longue histoire de voisinage et d’échanges. Il est ainsi possible lors d’une visite des lieux d’observer :
- les ruelles couvertes et les maisons, souvent abandonnées ou très dégradées ;
- l’organisation de l’ancien quartier dans le ksar ;
- les restes attribués à la synagogue ;
- plus largement, l’architecture en terre de Tamnougalt.

A lire : Le destin perdu des juifs au Sud Est du Maroc
Explorer les villages et kasbahs traditionnels
Au-delà de la célèbre kasbah Amridil, la palmeraie de Skoura abrite de nombreux villages traditionnels et d’anciennes kasbahs en pisé disséminés parmi les jardins. En empruntant les pistes de l’oasis, le visiteur découvre peu à peu cette architecture de terre qui témoigne de l’organisation ancienne de la vie oasienne, entre habitat, agriculture et défense. Certaines kasbahs apparaissent au détour d’un canal ou derrière un rideau de palmiers, offrant à chaque détour une nouvelle lecture du paysage.
La visite des khettaras demande la présence d’un guide local.Comment se rendre à Tamnougalt ?
Depuis Ouarzazate
Tamnougalt se situe à environ 70 km au sud d’Ouarzazate, en empruntant la route nationale N9 en direction de Zagora, via le col du Tizi n’Tinififft. Le trajet en voiture prend environ 1 h 15. Depuis Agdz, une courte route secondaire de 6 km mène au ksar, de l’autre côté de l’oued Drâa.
Il est également possible de rejoindre Agdz en bus ou en taxi collectif, puis de finir le trajet en taxi local jusqu’au ksar.
Depuis Marrakech
Depuis Marrakech, comptez environ 5 h 30 à 6 h de route, en passant par le col du Tizi n’Tichka, Ouarzazate, puis la N9 vers Agdz et Tamnougalt.
Se déplacer sur place
Le ksar se visite entièrement à pied. Un véhicule reste utile pour rejoindre le site depuis Agdz et pour explorer les environs de la vallée du Drâa.
La palmeraie est vaste et il est possible de s’y perdre. L’accompagnement d’un guide est conseillé. Le vélo est un excellent moyen de déplacement.A lire : La palmeraie de Skoura, l’oasis par excellence
Où dormir à Tamnougalt ?
Passer une nuit sur place change le regard porté sur le ksar : au petit matin ou au coucher du soleil, la lumière sur les remparts de pisé et la palmeraie n’a rien à voir avec celle d’une visite de milieu de journée.
Quelques options existent directement dans l’enceinte du ksar, où des familles ont restauré des demeures anciennes en maisons d’hôtes. À Agdz, à quelques minutes de route, on trouve des petites maisons d’hôtes et riads simples, souvent tenus par des habitants de la vallée. Des emplacements de camping, rustiques, bordent aussi la palmeraie pour les voyageurs en tente ou en camping-car.
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Au-delà de Tamnougalt
Le ksar n’est qu’une étape dans la vallée du Drâa, la plus longue palmeraie du Maroc. En remontant vers Ouarzazate, les oasis de Skoura et de Fint offrent d’autres visages de l’habitat oasien. En poursuivant vers le sud, Zagora et les portes du désert prolongent le voyage jusqu’aux confins sahariens.
Chaque année, début octobre, le Moussem Ellama rassemble les villages voisins de Tamnougalt pour une fête à la fois culturelle et religieuse — un moment rare pour qui souhaite voir la vallée dans son animation la plus vivante.
Accompagné d’un guide marocain, il est possible de combiner la visite de Tamnougalt avec celle d’autres ksour de la vallée, pour une immersion d’une journée ou plus dans les mondes oasiens du Sud-Est marocain.
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