Ahwach, entre tradition et mémoire collective

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La civilisation amazighe remonte à un passé lointain. Certaines de ses racines persistent encore de nos jours. Ahwach en est une des plus flamboyantes.

Cette danse berbère chantée en dialecte tachelhite fait la singularité de plusieurs villages et casbahs d’Ouarzazate : Telouet, Taourirte, Tifoultoute et Taskaouine. Ces tribus continuent fidèlement de perpétuer cette tradition ancestrale. Même les anciens « seigneurs de l’Atlas », les caïds de la tribu des Glaoua ont accordé une importance majeure à cette forme artistique. Ils avaient ainsi doté chacun de leur fief d’une troupe d’Ahwach.

Sa mise en scène a plus d’un sens. Vêtus de djellabas blanches et coiffés de turbans, les hommes se placent au centre de la scène. Les femmes, ornées de beaux apparats et bijoux berbères authentiques forment un cercle. La danse commence par un appel en solo lancé par le chef de la troupe. Deux battements de tambourin, le taguenza, suivent. Les you you des femmes ponctuent cette introduction. La danse commence alors et le rythme monte en crescendo. L’euphorie finit par gagner le public. Tout le monde participe à la danse.

Ahwach est donc émotion, danse et chant. C’est une festivité et un moment de divertissement. Pourtant au-delà du pittoresque, Ahwach est certainement un mode de transmission. Un langage à part entière propre à la mémoire collective des tribus amazighes. Une clé pour accéder au monde invisible et à celui de l’Etre. Ahwach, est à la fois transmission vers l’au-delà et puisement dans les profondeurs.

Le chant et la danse revêtent une dimension symbolique. La thématique est amplement diversifiée. On y retrouve le sacré : quête des origines, remise en question, invocation. Le profane : amour, joie, souhaits et angoisses. Là, le mythique et le sacré se croisent. C’est un rituel où le corps s’impose au grand jour. Le sensoriel et l’affectif sont constamment mobilisés. Ahwach est l’espace, le rythme, le geste et le corps. Et L’homme reste le pivot d’une telle symbiose exceptionnelle.

Les pratiquants d’Ahwach transmettent et véhiculent une mémoire sculptée dans leur corps et leur imaginaire. Ce n’est pas un héritage uniquement langagier. C’est principalement un héritage corporel. Le geste et le mouvement exigent une interprétation relative à une communauté bien définie. Des gestes venus du fond du temps. A la recherche de l’originalité et de liberté.

Ahwach est aussi un monde de dualité : hommes/femmes, ici/au-delà, visible/invisible, verbe/geste, vie/mort, implicite/explicite. Une façon de vivre l’humain, l’existentiel, le civilisationnel, le religieux, le mythique… C’est une communion ou l’individuel se fond dans le collectif.

L’ambiance d’Ahwach rappelle le cacher.

L’invocation par ces you you dénommés en tachelhit taghrit, ce qui signifie invocation. Des couplets en guise de salutations des esprits invisibles présents dans l’espace. Une demande exprimant paix à l’égard de ces esprits. Tout se déroule dans une atmosphère disciplinée. C’est plutôt le code visuel (danse et geste) qui revêt une richesse symbolique. Puis le code linguistique (chant).

Aujourd’hui, les gens continuent de danser Ahwach qui est étranger à son contexte. Il est totalement dépourvu du code de la culture et plus largement de la civilisation qui la fait naître. Ahwach est réduit à un simple folklore, vu en lui-même indépendamment de son contexte.

Pourtant, il y aura toujours, quelque part, l’appel des chefs des troupes d’Ahwach et des battements de tambourins qui sèment la joie.

Article suivant : : Ahwach, des thématiques diversifiées

Crédit Photographie : Abdellah Azizi
www.azifoto.com

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