A Ouarzazate, le tapis amazighe est entre les mains des femmes

Face à la casbah de Taourirte, une des plus anciennes coopératives de Ouarzazate présente aux visiteurs de passage les produits issus du talent ancestral des femmes amazighes dans le domaine du tissage du tapis. Il s’agit de la “coopérative la kasbah de tissage des tapis et hanbels“. Fondée en 1988 par Mr Hadadi Abdel Wahed dans la cadre d’un projet de développement de la coopération allemande, le programme “coopart”, cette coopérative a commencé son aventure en regroupant 55 femmes toutes natives d’Ouarzazate. Ces femmes ont tout d’abord reçu une formation de perfectionnement en tissage sur une durée de deux années. La municipalité d’Ouarzazate a ensuite mis à disposition de la coopérative un vaste local au sein du “Complexe artisanal”, lieu destiné à la promotion des artisanats traditionnels du territoire. Les femmes ont ainsi pu bénéficier à la fois d’un atelier de tissage équipé d’un matériel performant fourni par le partenaire allemand ainsi que d’un lieu de vente où sont exposées dans une élégante ambiance les diverses productions nées de la dextérité savante des doigts féminins sur les fils tendus des métiers à tisser.

Dès les premiers jours, les femmes de la coopérative ont reçu une importante commande de tapis d’une organisation de charité basée à Al Hoceima. Ce premier contrat aura été un formidable encouragement pour les ouvrières associées. Ensemble, elles élisent chaque année un bureau chargé de gérer leurs activités. Il est actuellement composé de la présidente, Mme Latifa Chaikh, d’une vice-présidente, Mme Moulouda Berkhouch, d’une secretaire, Najat Ghouat, de son adjointe, Mme Tayta Mbarka, d’une trésorière, Mme Najat Ahmouch et d’une vice-trésorière, Mme Mariam Hiddi.

Label national de l’artisanat au maroc : La coopérative a reçu le label national de l’artisanat au Maroc, “Morocco Handmade”, qui garantit des critères de qualité pour ses productions, sa responsabilité sociétale ainsi que ses bonnes pratiques de gestion.

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    Coopérative des femmes pour le tapis

Les femmes tissent les tapis en permanence et au fil des années un important stock a pu être constitué et se trouve présenté au public dans le lieu aménagé à cet effet. Elles ramènent généralement la laine de Rabat mais il se peut aussi qu’elles la préparent elles-mêmes selon les méthodes traditionnelles si sa provenance est locale. Dans ce cas là, les femmes trient la laine, appelée tadut, et la débarrassent de ses impuretés. Selon des gestes maintes fois répétés sous diverses latitudes de notre planète, elles lavent ensuite la laine avec soin dans le cours d’eau d’une rivière en se servant d’un panier en osier qui porte le nom de taselite et qui a l’avantage de laisser filtrer l’eau. Une fois la laine séchée, les femmes utilisent deux petites planches en bois garnies de clous, nommées imchdn pour travailler les fibres les plus courtes et les plus frisées. En faisant un mouvement de va-et-vient, elles font rapidement tourner d’une main un fuseau en bois, le izdi à la manière d’une toupie sous laquelle elles raccordent avec l’autre main une mèche obtenue grâce à une quenouille qu’elles roulent entre le pouce et l’index.

La laine ainsi préparée est enfin teintée en utilisant des produits naturels pour obtenir des couleurs vives et variées : l’orange composé à partir d’alun et de pelures d’oignons (ou bien un mélange d’henné et d’alun), le jaune composé d’alun et de fleurs d’œillets d’Inde (ou de safran et de henné), le bordeaux composé de plante de Foua et de henné, le bleu dit “nelji”composé d’un mélange de dattes, de henné et de grains de peinture.

La coopérative produit différents types de tapis propres à Ouarzazate :

  • Zarbiya dit du Haut Atlas : tapis traditionnel reconnaissable par l’utilisation permanente de motifs géométriques, signature reconnue des productions des femmes d’Ouarzazate. Il est vendu au tarif de 550 à 1100 Dhs / m² .
Le Zarbiya du Haut Atlas
  • Hanbel leglawi appelé encore Chedwi : tapis très fin, caractérisé par des bandes à noués et des bandes tissées; ils servent à la fois de manteaux, de couverture et de tapis de sol. On utilise souvent deux couleurs (noir et blanc). Il coûte 300 Dhs / m².
Le Chedwi
  • Akhnif appelé encore Kharita : basé sur le même principe que le Hanbel avec des motifs de broderie fassi; les couleurs utilisées diffèrent selon les goûts. Il coûte 350 Dhs / m².
Le Kharita

D’autres styles de tapis sont produits dans les alentours d’Ouarzazate, et notamment à Taznakhte, autre site où le tissage est un patrimoine local ancestral, comme le Zarbiya El ouaouzguitya, tapis typique de la région de Taznakhte et travaillé avec de la laine pure. Il contient des motifs, des lettres ou des symboles amazighes et mélange souvent cinq couleurs naturelles (noir, blanc, jaune, bleu marine, orangé).

A lire : L’histoire des femmes de Taznakhte brodée sur les métiers à tisser

Si les tapis tissés à la coopérative des femmes d’Ouarzazate sont réputés pour leurs motifs géométriques, la composition artistique des tapis utilise en général des motifs plus simples mais qui ont cependant tous une signification en lien avec la vie quotidienne et les usages collectifs. On peut ainsi observer :

  • Le zigzag qui symbolise le voyage et représente aussi l’eau en tant que vecteur de lien et de rencontre.
  • Le scarabée est le symbole de la protection contre le mauvais œil.
  • La théière est utilisée en référence à l’accueil et la convivialité chers aux villageois.
  • Les papillons, les fleurs ou les étoiles symbolisent la beauté féminine.
  • Les rameaux expriment le monde végétal et plus symboliquement l’arbre de vie.
  • Le palmier ou le chameau désignent les souffrances et la résilience de la femme berbère.
  • La fibule encore nommée Takhlalt est un accessoire qui désigne la féminité et la beauté, ainsi que des motifs de tatouages.
  • La croix berbère, souvent au centre du tapis, rappelle l’architecture de la kasbah.

La fabrication d’un tapis demande du temps, de l’habileté et de la patience. Il convient aussi d’avoir l’oeil aiguisé et la main créative. L’objectif de ces femmes est de préserver intactes les traditions du tapis Ouarzazi et ainsi d’offrir le fruit de leurs talents aux touristes de passage ainsi qu’à tous les autres amateurs de tapis. C’est là leur unique moyen d’existence et cela fonctionne maintenant depuis plus de vingt années grâce au sérieux de leur collectif. Elles n’ont pas de salaire fixe mais sont rémunérées sur les commandes et les ventes de la coopérative. A ce jour, il demeure trente-deux femmes en activité.

A lire : Le tapis de Taznakhte, tradition, art et beauté

Localisation

Pour visiter la coopérative :
Complexe artisanal de Ouarzazate
Avenue Mohamed V – En face de la Casbah de Taourirte
Horaire : de 9 H 00 à 18 H 30 – Tous les jours sauf le dimanche
Tél : +212 524 88 40 57 – GSM : +212 662 61 05 83
Demander : Saïd

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