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Le quartier de Stara à la Casbah de Taourirte, Ouarzazate

Ouarzazate se dote d’un coeur historique et culturel rayonnant

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Le quartier appelé « Stara » de la casbah de Taourirte est en cours de réhabilitation. Ce projet permet enfin de sauver de la dégradation un lieu majeur du patrimoine marocain pour ainsi le faire revivre et rayonner au profit de tous, habitants et visiteurs de Ouarzazate. Sud-est-maroc.com s’est rendu sur les lieux du chantier accompagné de Mohamed Boussalh, Directeur du CERKAS (Centre de conservation et de réhabilitation du patrimoine architectural des zones atlasiques et subatlasiques).

Il est des destins qui méritent d’être vus au grand jour tant ils nous rappellent à l’essentiel de ce qui devrait faire nos vies.

L’histoire d’Ali vient nous montrer que la fatalité de l’existence, qu’elle nous emmène vers le bien comme vers le mal, n’est finalement qu’une affaire humaine et que l’alternative entre ce bien ou ce mal souvent n’est qu’une affaire de geste, et donc de choix entre le geste qui fait du bien et celui qui fait du mal.

Ali a 9 ans aujourd’hui, et cela fait 9 années qu’il vit dans l’orphelinat de Ouarzazate. Il a été abandonné dès sa naissance dans une ville voisine de la manière la plus expéditive qui soit : calé dans un sac en plastique et ainsi déposé dans la rue. Une fois recueilli, il est venu rejoindre les autres enfants qui peuplent en permanence l’unique foyer pour orphelin de la région Sud Est du Maroc, géré par l’association Basma et sous l’autorité des services de la santé. L’orphelinat est toujours plein mais les enfants abandonnés, alors encore bébés, trouvent rapidement une famille d’accueil.

Ali cependant n’avait pas le visage comme les autres enfants. Il est de peau noire et semblait être atteint d’un léger handicap, ce qui bien évidemment ne facilitait pas ses chances de sensibiliser les adultes de passage en quête de parentalité. C’est ainsi qu’Ali vit partir un à un les enfants avec lesquels, de son âge alors, il avait fait son monde. Et c’est ainsi qu’il grandit, d’année en année, et toujours entouré de ces mêmes bébés aux sourires coquins qui sans tarder lui faisaient signe de la main pour s’en aller entre des bras chaleureux. Le quartier de Stara s’étale sur près de 8000 m², soit environ 40% de la superficie totale de la casbah de Taourirte, et se trouvait peuplée par plus de 50 familles. Une surpopulation condensée qui a fait de Stara un lieu de vie insalubre. Tout l’espace a été défiguré par des constructions anarchiques. Les familles s’y entassaient et précipitèrent la dégradation des bâtisses. Par conséquent, l’aspect architectural authentique de Stara a cédé la place à une juxtaposition de taudis désagréables : des murs en béton, en roseau revêtu de chaux, des bergeries, des égouts abîmés… Les dizaines de familles démunies qui affluaient vers Stara s’appropriaient les lieux pour s’assurer un gite dans ce qui ressemblait plus à un entrelacement de gourbis qu’à des habitations décentes.

Le constat fut rapidement établi et partagé par tous les responsables locaux : Stara était devenu un lieu impropre à l’habitation. Sortir les habitants de cette précarité relevait donc de l’urgence. Quelques temps plus tard, toute la population de Stara sera ainsi relogée dans le lotissement “Attadamon”, un projet social issu d’un partenariat entre la société Al Omrane et la municipalité de Ouarzazate.

Le CERKAS, un engagement sans relâche pour réhabiliter Stara

Classée patrimoine national depuis 1954, le site de Taourirte est la plus grande casbah en terre au Maroc et le deuxième pôle d’attraction touristique après le ksar Aït Ben Haddou dans la région de Ouarzazate. Le CERKAS est pleinement conscient de la valeur historique, économique et symbolique de la casbah de Taourirte. Par conséquent, il n’a cessé de plaider pour la restauration du quartier de Stara. Des réunions de concertation entre le CERKAS et la municipalité de Ouarzazate ont fréquemment eu lieu en parallèle à une mobilisation des autorités centrales au niveau de Rabat pour agir en faveur de la sauvegarde de ce patrimoine. M. Abderrahman Drissi, président du conseil communal de Ouarzazate, s’est ainsi fortement impliqué pour débloquer les moyens financiers. Un processus de mobilisation et de plaidoyer qui a réussi et abouti à des résultats concrets.

Sur le terrain, Le CERKAS a procédé à un recensement de la population de Stara en 1992. Sous la direction de Mohamed Boussalh, fin connaisseur de son domaine et fervent défenseur du patrimoine, le centre a également élaboré à partir de 2011 des plans originaux des lieux ainsi que des études scientifiques approfondies en partenariat avec Getty Conservation Institute (USA) et l’université de Carlton (Canada). Une tâche laborieuse et délicate dans la mesure où l’espace a subi une forte dégradation et une altération sur tous les niveaux. “C’était un travail de fourmi, nous avons tout fait pour identifier l’espace historique, authentique et la connexion entre les différents locaux à Stara” précise Mohamed Boussalh.

Stara renaît de ses décombres et redécouvre sa beauté authentique

Le chantier de réhabilitation de Stara a été lancé en 2013 pour une durée de 18 mois. Il est financé par le ministère de l’Intérieur avec un budget d’environ 9 millions de dirhams. Des maîtres artisans (mâalem) de la tribu des Ait Atta, bâtisseurs très expérimentés dans la construction en terre, s’attellent depuis à la reconstruction de Stara en procédant de la même manière originale qu’autrefois : des branches en terre, des roseaux, des poutres, des briques asséchées, de l’argile … C’est l’histoire de Stara qui renoue avec les débuts de sa construction.

Tout un travail de désencombrement, de consolidation, de restitution et de reconstruction. Des maisons modèles de l’architecture typique des ksour avec quatre piliers et un puits de lumière au centre émergent splendidement des décombres. La répartition de l’espace s’organise autour de ce puits. Certains endroits, piliers, murailles et toits, remontant à plus d’un siècle restent encore intacts.

Juste à côté, la maison caïdale garde sa somptuosité. Quoique relativement détérioré par les intempéries et l’usure, cet espace singulier est riche à plus d’un sens notamment par son architecture qui marie les couleurs locales et l’influence citadine venue des villes impériales. Stara, longtemps oubliée, brille à nouveau.

Mohamed Boussalh, directeur du CERKAS, Ouarzazate.

Stara, un bel espace public dédié à la culture et au tourisme

Une fois restaurée intégralement, Stara deviendra un espace culturel et touristique public. L’ensemble abritera alors des ateliers d’artisanat local (tissage, tapisserie, bijouterie, travail de bois), des salles d’exposition, des résidences d’artistes, une salle de conférence, un lieu de restauration. Quant aux tours, elles seront des points réservés au petit commerce des produits dérivés du patrimoine. Une grande place sera également aménagée avec des banquettes et des arbres. Tout sera aménagé en veillant au respect total de l’authenticité architecturale.

C’est donc un défi relevé en matière de réhabilitation et de valorisation du patrimoine local. Une fierté pour Ouarzazate, mais aussi un merveilleux produit pour les visiteurs nationaux et étrangers.

Crédit Photographie : Eric Anglade

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