
Un nomade au royaume des abeilles
Diplômé en littérature arabe, Noureddine Ouadi a préféré suivre les abeilles plutôt que la voie du fonctionnariat. Devenu apiculteur transhumant à Ouarzazate, il parcourt les territoires au rythme des floraisons et des saisons. Portrait d’un homme qui a fait de sa passion pour le miel un métier, mais aussi un engagement pour la préservation de la nature.
De la littérature arabe au monde des abeilles
Quelque chose en lui capte facilement l’attention de son interlocuteur, sans que celui-ci sente le temps passer à l’écouter. Le monde des abeilles le fascine. C’est en 1995 qu’il a son premier coup de foudre.
Fils d’un fonctionnaire chargé de l’apiculture à l’Office régional de mise en valeur agricole de Ouarzazate (ORMVAO), Noureddine se glisse dans le monde des abeilles en feuilletant les documents de son père.
« L’apiculture était pour moi un loisir au début. Je m’y suis accroché parce qu’elle donne un produit de luxe : le miel. Et surtout recueillir un fruit de la nature sans l’endommager me plaît énormément ! »
Noureddine Ouadi
Cette curiosité le pousse à accumuler des connaissances solides dans ce domaine. Il se lance dans l’apiculture en transhumance moderne en avril 2000, en contractant un crédit dans le cadre de la formule auto-emploi auprès du Crédit Agricole.

C’est un coup de théâtre dans sa vie. Licencié en langue et littérature arabe, tout le préparait au fonctionnariat. Quand soudain, il se retrouve dans l’apiculture, un domaine qui n’a rien à voir avec les bancs de la faculté de littérature arabe où il a fait ses études.
Ce passage réussi d’un domaine à un autre est certainement révélateur des potentialités de ce jeune homme. Il n’est pas du genre à porter toujours le même costume. Le profil du diplômé aux connaissances figées ne lui convient pas. C’est un jeune ingénieux, expansif et enthousiasmant.
Un apiculteur en transhumance qui suit le vol des abeilles
Noureddine a une vie de nomade. Un apiculteur en transhumance qui suit le vol des abeilles. Il les accompagne là où elles peuvent se nourrir. Il transporte ses ruches et laisse paître son cheptel d’une zone à une autre, au rythme des saisons et de l’abondance de la végétation.
Loin d’en faire un simple gagne-pain, il laisse sentir une touche d’affection, voire d’admiration, pour l’abeille, avec laquelle il entretient un rapport exceptionnel. Pour mieux illustrer sa pensée, il cite un adage de la culture populaire :
« L’abeille, c’est à elle de décider si elle veut de toi ou non. »
Noureddine Ouadi
Son récit sur le miel sent déjà la douceur. Des propos qui coulent doucement, en parfaite harmonie, accompagnés d’une souplesse des gestes. Il exprime parfaitement son sujet, sans aucune distance ni artifice.
Noureddine dresse un descriptif du miel, de ses types et de ses couleurs à vous faire venir l’eau à la bouche : du miel jaune au blanc, en passant par le noir. Un petit arrêt pour inventorier les plantes mellifères, telles que les agrumes et le thym. Le tout pour expliquer les différences de couleurs et de goûts du miel.
Ses propos prennent alors une autre couleur. Une autre occasion de découvrir la richesse de ce personnage, préoccupé par l’équilibre de l’écosystème. Noureddine comprend clairement le rôle de l’abeille dans cet équilibre.
Cette fois-ci, il appuie ses propos par une phrase alors couramment attribuée à Einstein : « Si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre. »
Note de la rédaction : cette citation, fréquemment attribuée à Albert Einstein, est apocryphe. Aucune source fiable ne permet de confirmer qu’il l’ait prononcée. Elle est conservée ici comme témoignage des propos recueillis en 2012.
Il est certainement l’exemple d’un jeune entrepreneur engagé. Ses connaissances sont doublées d’un souci de l’environnement. Sur le terrain, il ne manque pas de prendre le pouls de son environnement immédiat. La situation, pour lui, est loin d’être rassurante.
Les mauvaises pratiques des hommes précipitent la destruction de la nature : « Un seul petit insecte, un seul arbre qui disparaît, provoque un grand déséquilibre dans la nature et certainement dans notre vie. »
Ce ne sont pas des affirmations stéréotypées. Elles traduisent le caractère d’un jeune homme vigilant vis-à-vis de son environnement naturel, conscient de sa fragilité et surtout de sa vitalité.
Noureddine dénonce fortement les pratiques de déforestation, de déracinement sauvage des herbes, d’incendies de forêt et de pâturage abusif. Pour lui, ce sont des actes irréfléchis et irresponsables qui précipitent une autodestruction inconsciente des hommes.
Sur ce point, c’est sa facette de militant de l’environnement qui brille fort en lui. Il souligne avec un léger sourire :
« Je fais l’apiculture en transhumance moderne pour développer le secteur, mais surtout pour sauvegarder l’abeille »
Noureddine Ouadi
Les traits particuliers de ce jeune homme se prolongent dans sa façon d’aborder son travail. Rien n’est laissé au hasard. Pour lui, tout doit être bien organisé pour aboutir à un bon résultat, depuis la prospection des zones de transhumance jusqu’au placement des ruches.
Le miel n’a besoin de personne pour lui faire sa publicité
Qu’en est-il du secteur ? De la pratique de l’apiculture chez les professionnels locaux ? Des habitudes des consommateurs concernant le miel ?
Noureddine a sa propre façon de voir les choses : que chacun assume sa responsabilité. Le miel n’a besoin de personne pour lui faire sa publicité.
Pour lui, les consommateurs ont de mauvaises habitudes. Par conséquent, ils encouragent le marché informel du miel. Les a priori et l’achat à l’aveuglette, dans des conditions parfois très mauvaises, risquent de leur nuire. Pourtant, une autre catégorie de consommateurs a le goût du vrai miel.
« Les gens ne font pas attention à l’emballage ni à l’étiquetage. Ils achètent un produit faux-miel dont ils ignorent l’origine et la nature ! Qu’ils assument alors leur choix. »
Noureddine Ouadi

Côté activité, Noureddine est très actif. Il assure des formations au bénéfice des associations féminines qui œuvrent dans le domaine de l’apiculture. Il accompagne volontairement les apiculteurs traditionnels afin de les aider à développer leurs activités. Sa participation aux rencontres et forums consacrés à l’apiculture est également importante.
« Nous ne pouvons pas tous devenir des fonctionnaires »
Ce jeune homme ne s’est pas laissé ébranler par les orages de la crise des diplômés chômeurs. Un discours déclamatoire ? Ce n’est pas son genre. Il ne foudroie jamais l’État.
Noureddine est du genre à saisir la moindre opportunité qui se présente, sans se laisser enfermer dans un attentisme infructueux. Un jeune débrouillard qui change de casquette au bon moment.
Il a son propre principe sur cette problématique :
« Nous ne pouvons pas tous devenir des fonctionnaires. L’État a d’autres enjeux. Un diplômé, que doit-il faire ? Croiser les bras ou manifester dans la rue ? Non, il faut bouger et, chemin faisant, peut-être aura-t-on ce qu’on veut… Il faut être un joker. »
Noureddine Ouadi
C’est clair, Noureddine est toujours prêt à retrousser ses manches pour affronter les défis de l’avenir.
Jeune actif. Apiculteur scrupuleux. Noureddine est un élément de la dynamique du nouveau Maroc, motivé par le désir de faire partager son métier.
Au fond de lui-même, quelque chose l’attache à son cheptel placé quelque part dans la nature. En ayant le miel devant lui, il ne perd jamais de vue l’abeille. Son bourdonnement signifie pour lui la continuation de la vie.
Les abeilles du Sud-Est marocain face au défi climatique
Complément de la rédaction — octobre 2026
Lorsque Noureddine Ouadi exprimait ses inquiétudes pour l’avenir des abeilles en 2012, le Maroc n’avait pas encore connu l’ampleur des difficultés qui allaient toucher sa filière apicole.
En 2022, d’importantes disparitions de colonies ont conduit les autorités sanitaires marocaines à mener des investigations nationales. Les recherches ont mis en évidence l’interaction de plusieurs facteurs climatiques et environnementaux, notamment le manque de précipitations et la raréfaction des ressources mellifères. La fragilisation des colonies ne pouvait être attribuée à une maladie unique.
Dans le Sud-Est marocain, cette question prend une dimension particulière avec la préservation de l’abeille jaune saharienne (Apis mellifera sahariensis), une race locale adaptée aux conditions difficiles des oasis.
En collaboration avec les institutions marocaines, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a engagé un programme de sauvegarde de cette abeille. Un centre technique apicole a notamment été créé à Er-Rich, dans la province d’Errachidia, afin de favoriser la multiplication des reines, la formation des apiculteurs et la préservation de la biodiversité.
En avril 2026, la FAO faisait état de plus de 10 000 reines sélectionnées, multipliées et diffusées dans le cadre de ce programme. Elle soulignait également l’importance de la formation des femmes et des jeunes à une apiculture durable.
Ces initiatives donnent une résonance nouvelle aux préoccupations exprimées par Noureddine Ouadi quatorze ans plus tôt. Derrière la production de miel se joue aussi la préservation d’un patrimoine vivant, de la biodiversité des oasis et de savoir-faire étroitement liés aux territoires du Sud marocain.
Pour approfondir :
Crédit Photographie : Abdellah Azizi
www.azifoto.com
A lire : L’histoire des femmes de Taznakhte brodée sur les métiers à tisser
A découvrir
10 réponses à « Un nomade au royaume des abeilles »
La nature a fait l’homme heureux et bon, mais la société le déprave et le rend misérable.
– En somme la beauté est partout.Ce n’est pas elle qui manque à nos yeux, ce sont nos yeux qui manquent à l’apercevoir.
– Que dieu vous aide dans votre travail humanitaire.Bravo Noureddine, car Victor Hugo a déjà dit : on résiste à l’invasion des armées on ne résiste pas à l’invasion des idées.
Bravo, bonne continuation.
Bon courage a toi. Tu fais un des métiers le plus beau du monde .
La vie est une rose. Respire la et donne le à ton ami.
Bravo pour ce grand courage car ce n’est pas facile de réaliser comme ce projet difficile mais ça se sent que tu le fais avec un grand amour bravo pour une deuxième fois.
Il ne sert de rien à l’Homme de gagner la Lune s’il vient à perdre la Terre.
صـحـيـح ،و أعـلـمـوا: أن الـنـجـاح لـيـس هـو تحـقـيـق الربـح بـل الـتجـربــة و الـمـغامــرة بــداتـها مع التـفـكيـر في الـمـنـفـعـة العامـة لا الشخصـيــة ، شـكــرا لـكــل الــشبــاب الــديــن يـســيـرون فـي نـفـس الــدرب
Un article à lire, pour une cause qui gagne à être connue de tous…
Tout le monde devrait protéger l’environnement et se soucier de ce petit insecte, qui malgré sa taille, a une importance gigantesque sur la planète et notre vie.
En ce sens, Noureddine est un exemple pour chacun de nous.
En espérant que cet article permette la diffusion du message de Noureddine et puisse faire changer notre vision de cette créature si fragile, et qui pourtant porte sur ces ailes l’avenir de l’humanité.
Il est temps d’oublier ce monde matérialiste et dénué de sens.
Il est temps maintenant de changer nos comportements néfastes sur la nature et de retourner à l’essentiel.
Voila ce que l’on peut déchiffrer comme conseil à travers le travail de Nourredine.
10 commentaires
La nature a fait l’homme heureux et bon, mais la société le déprave et le rend misérable.
– En somme la beauté est partout.Ce n’est pas elle qui manque à nos yeux, ce sont nos yeux qui manquent à l’apercevoir.
– Que dieu vous aide dans votre travail humanitaire.Bravo Noureddine, car Victor Hugo a déjà dit : on résiste à l’invasion des armées on ne résiste pas à l’invasion des idées.
Bravo, bonne continuation.
Bon courage a toi. Tu fais un des métiers le plus beau du monde .
La vie est une rose. Respire la et donne le à ton ami.
Bravo pour ce grand courage car ce n’est pas facile de réaliser comme ce projet difficile mais ça se sent que tu le fais avec un grand amour bravo pour une deuxième fois.
Il ne sert de rien à l’Homme de gagner la Lune s’il vient à perdre la Terre.
صـحـيـح ،و أعـلـمـوا: أن الـنـجـاح لـيـس هـو تحـقـيـق الربـح بـل الـتجـربــة و الـمـغامــرة بــداتـها مع التـفـكيـر في الـمـنـفـعـة العامـة لا الشخصـيــة ، شـكــرا لـكــل الــشبــاب الــديــن يـســيـرون فـي نـفـس الــدرب
Un article à lire, pour une cause qui gagne à être connue de tous…
Tout le monde devrait protéger l’environnement et se soucier de ce petit insecte, qui malgré sa taille, a une importance gigantesque sur la planète et notre vie.
En ce sens, Noureddine est un exemple pour chacun de nous.
En espérant que cet article permette la diffusion du message de Noureddine et puisse faire changer notre vision de cette créature si fragile, et qui pourtant porte sur ces ailes l’avenir de l’humanité.
Il est temps d’oublier ce monde matérialiste et dénué de sens.
Il est temps maintenant de changer nos comportements néfastes sur la nature et de retourner à l’essentiel.
Voila ce que l’on peut déchiffrer comme conseil à travers le travail de Nourredine.



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