
Près de Tinghir, l’ancienne mosquée Afanour réunit beauté et histoire
Dans le ksar d’Afanour, près de Tinghir, l’ancienne mosquée-médersa des Ikelane fut à la fois un lieu de prière, d’enseignement et de vie communautaire. En 2013, Abdeljalil Didi y rencontrait Aaddi Aqbli, ancien mineur devenu gardien d’un édifice auquel toute son histoire personnelle le rattache. Depuis, restaurations et destructions sont venues rappeler la fragilité de ce patrimoine de terre.
Une mosquée-médersa au cœur du ksar d’Afanour
L’ancienne mosquée Afanour a rempli à la fois un rôle religieux, éducatif et social. Les jeunes étudiants venant d’autres contrées étaient abrités sur place. Quant aux villageois, ils y accomplissaient la prière commune.
Cette association entre lieu de culte et lieu d’apprentissage s’inscrit dans une tradition plus large des mosquées rurales du Sud marocain. À la salle de prière pouvaient s’ajouter un msid, ou école coranique, des espaces d’ablutions et parfois des pièces destinées à l’hébergement du fqih ou des étudiants. La mosquée faisait ainsi partie intégrante de la vie religieuse et sociale du village.
À Ikelane, l’ensemble aurait fonctionné comme école jusqu’aux années 1970 et comme mosquée jusqu’en 1998. Il accueillait les enfants du village mais également des étudiants venus de localités plus éloignées pour approfondir leur connaissance du Coran.

Une architecture de terre conçue pour prier et apprendre
L’ancienne mosquée Afanour se singularise aussi par son architecture qui illustre son rôle polyvalent. À l’intérieur, un plan bien réparti : salle de prière, salle de classe, stock de bois, chaudron, ablutions majeures, ablutions mineures et dortoirs d’élèves. Tout a été aménagé pour assurer de bonnes conditions d’apprentissage et de vie des étudiants-résidents.
L’édifice lui-même épouse étroitement le tissu du ksar : une partie est construite sur une falaise et une autre au-dessus d’une ruelle. Dans la salle de prière, vingt-quatre piliers en briques de terre crue revêtues de plâtre soutiennent une toiture faite notamment de tiges de laurier-rose, autrefois teintées au henné et au khôl. Une ouverture centrale, surmontée d’une petite coupole percée de fenêtres, assurait l’éclairage et la ventilation.
La terrasse avait elle aussi plusieurs fonctions : on y donnait des cours et le muezzin pouvait y lancer l’appel à la prière. L’absence de minaret n’a rien d’exceptionnel dans les anciennes mosquées rurales du Sud marocain, où les dimensions réduites des villages permettaient d’appeler à la prière depuis une terrasse.


Aaddi, la mémoire vivante de la mosquée
Mr Aaddi Aqbli en garde quelques souvenirs. Natif de la région et ancien mineur de fond, la maison où il a grandi jouxte la mosquée Afanour. Pour lui, le village et la mosquée ont une histoire commune. Le jour où les habitants d’Ikllalen ont commencé à quitter leur village, la mosquée Afanour est devenue un simple souvenir. Pourtant, la relation entre Aaddi et la mosquée Afanour n’est pas réduite à un voisinage ordinaire. C’est toute une histoire d’enfance.
« Quand j’étais enfant, il y avait encore quinze élèves qui vivaient et étudiaient dans cette mosquée. Elle était pleine de vie. Une ambiance où spiritualité, partage et joie se réunissaient. Bref, c’était la vie à Afanour autrefois ».
Aaddi Aqbli
Après dix-sept ans de travail à la mine, il a décidé de veiller sur la mosquée qui se détériore. C’est une passion plus qu’un simple passe-temps, le plaisir de revivre et de restaurer une partie de l’histoire de sa communauté. Aaddi a exploité son talent de maçon pour réhabiliter volontairement l’édifice dont une partie était en ruine.
Il fréquente quotidiennement ce lieu dont il est à la fois hôte, guide et gardien.
« C’est ici et nulle part ailleurs que je me sens bien. Je suis conscient de sa valeur car nous appartenons l’un à l’autre »
Aaddi Aqbli
Pourtant, il déplore certains comportements malveillants à l’encontre de la mosquée où tout a été saccagé : portes, fenêtres, seaux en cuivre, pièces décoratives…
De plus, la marginalisation d’un tel patrimoine le surprend davantage.


Restaurer un patrimoine fragile
La sauvegarde de la mosquée-médersa ne repose pas seulement sur Aaddi. L’Association Afanour de Développement a entrepris dès 2005 de réunir des moyens pour restaurer l’édifice. Après de fortes pluies qui provoquèrent en décembre 2006 l’effondrement d’un mur et d’une partie de la toiture de la salle d’ablutions, une première reconstruction fut engagée en 2007 grâce notamment à des aides privées.
En 2014, un an après la publication initiale de ce texte, Aaddi participait encore directement au chantier. Avec deux ouvriers, il reconstruisit trois piliers devenus fragiles puis la terrasse et l’entrée qu’ils soutenaient. La façade fut ensuite reprise avec les matériaux traditionnels du lieu : terre et paille. Les travaux s’achevèrent au cours de l’été 2014.
Cette restauration illustre aussi l’une des difficultés majeures du patrimoine en terre du Sud marocain : ces constructions peuvent traverser les siècles à condition d’être entretenues régulièrement, mais deviennent rapidement vulnérables lorsque les toitures, les enduits et les écoulements d’eau ne sont plus surveillés.

L’incendie de mars 2026
Dans la nuit du 28 au 29 mars 2026, un incendie a de nouveau frappé l’ensemble de la mosquée-médersa. Le feu a atteint le local où était entreposé le bois avant de se propager à plusieurs bâtiments annexes, provoquant l’effondrement de plafonds et de murs. La salle des ablutions a été détruite.
Après les premiers travaux de nettoyage, la mosquée elle-même a pu rouvrir aux visiteurs, mais les parties détruites demeurent visibles. Cet épisode récent rappelle combien la survie d’un tel édifice dépend d’une attention constante, alors même qu’il constitue l’un des rares témoins encore lisibles de la vie religieuse, éducative et communautaire des anciens ksour de la vallée du Todgha.
Pendant que le cœur historique du village Ikllalen, avec ses vieilles bâtisses en terre enchevêtrées, se dégrade face aux intempéries et au temps, la mosquée Afanour répand son aura sur ces lieux où la monotonie a remplacé la vie. C’est un joyau qui brille au bord de l’oued Todgha.
Crédit Photographie : Abdellah Azizi
www.azifoto.com
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2 réponses à « Près de Tinghir, l’ancienne mosquée Afanour réunit beauté et histoire »
L’ancienne mosquée Afanour est un exemple parmi tant d’autres. Le sud-est abrite un certain nombre de monuments historiques qui méritent d’être restaurés et réhabilités. Des mosquées et des casbahs éparpillés ça et là dans tout le sud-est et mis aux oubliettes tirent la sonnette d’alarme. Malheureusement, tout le monde fait la sourde oreille. Réhabiliter ces monuments ancestraux est la moindre des choses que l’on puisse faire pour rendre hommage à ceux ou celles qui étaient derrière leur édification. Ces vestiges majestueux qui résistent aux méfaits du temps témoignent d’un art architectural sublime dont nos arrière-grands-parents faisaient preuve tout au long de leur existence. Ils font partie intégrante de notre identité et constituent la mémoire de toute une population. Espérons tous que ces édifices des temps révolus trouveront une place dans l’agenda de nos responsables.
Depuis la nuit des temps, la Mosquée /Mederssa “ikkellane ” reste jusqu’à nos jours un monument fabuleux qui nous engage dans un interminable voyage dans la mémoire populaire du village d’Afanour. Un voyage plein de magie et de nostalgie bien sûr. Cet espace offre à ses visiteurs de plus beaux designs architecturaux ,qui témoignent du savoir- faire et de génie de nos ancêtres.
Mais, mais… la restauration de ce lieu s’avère plus prioritaire et plus urgente car, à notre avis, cette Mosquée constitue un héritage civilisationnel très important qui accueille des essaims de touristes … ne manque pas de le rappeler que cette mederssa devienne au jour le jour en mauvais état surtout les poutres qui soutiennent son entrée …. Face à ce risque, je vous dis avec des yeux pleins de larmes, sauvez -la !!!!!!
2 commentaires
L’ancienne mosquée Afanour est un exemple parmi tant d’autres. Le sud-est abrite un certain nombre de monuments historiques qui méritent d’être restaurés et réhabilités. Des mosquées et des casbahs éparpillés ça et là dans tout le sud-est et mis aux oubliettes tirent la sonnette d’alarme. Malheureusement, tout le monde fait la sourde oreille. Réhabiliter ces monuments ancestraux est la moindre des choses que l’on puisse faire pour rendre hommage à ceux ou celles qui étaient derrière leur édification. Ces vestiges majestueux qui résistent aux méfaits du temps témoignent d’un art architectural sublime dont nos arrière-grands-parents faisaient preuve tout au long de leur existence. Ils font partie intégrante de notre identité et constituent la mémoire de toute une population. Espérons tous que ces édifices des temps révolus trouveront une place dans l’agenda de nos responsables.
Depuis la nuit des temps, la Mosquée /Mederssa “ikkellane ” reste jusqu’à nos jours un monument fabuleux qui nous engage dans un interminable voyage dans la mémoire populaire du village d’Afanour. Un voyage plein de magie et de nostalgie bien sûr. Cet espace offre à ses visiteurs de plus beaux designs architecturaux ,qui témoignent du savoir- faire et de génie de nos ancêtres.
Mais, mais… la restauration de ce lieu s’avère plus prioritaire et plus urgente car, à notre avis, cette Mosquée constitue un héritage civilisationnel très important qui accueille des essaims de touristes … ne manque pas de le rappeler que cette mederssa devienne au jour le jour en mauvais état surtout les poutres qui soutiennent son entrée …. Face à ce risque, je vous dis avec des yeux pleins de larmes, sauvez -la !!!!!!



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