Entre les montagnes de l’Atlas et les étendues présahariennes, le Sud-Est marocain porte une histoire faite de rencontres, de circulations, de mémoires et de cultures. Sudestmaroc.com est né d’une volonté simple : faire entendre les voix de ce territoire, retrouver ses traces et raconter ce qui, trop souvent, demeure à l’écart des récits.
Publié pour la première fois le 1er septembre 2019 à l’occasion du lancement de sudestmaroc.com. Ce texte fondateur a été revisité en septembre 2026, sans en modifier l’intention première.
Il fallut aux humains beaucoup de courage, d’ingéniosité et de détermination pour poser en ces terres racines de vie et projets d’existence. Ils furent nombreux à le faire, çà et là, près d’une oasis, dans les replis d’une montagne ou sur le fil d’une rivière. Génération après génération, ils modelèrent des paysages, bâtirent des villages, cultivèrent les palmeraies, tracèrent des chemins et participèrent aux grandes circulations qui, par les routes transsahariennes, relièrent durant des siècles l’Afrique subsaharienne au Maghreb et au monde méditerranéen.
Un territoire longtemps regardé depuis ses marges
Il fut un temps où cette partie du Maroc fut reléguée, dans la représentation coloniale du territoire, du côté de ce que l’on appelait le « Maroc inutile », par opposition au « Maroc utile » des plaines agricoles, des ports et des grands centres économiques.
Terres trop lointaines pour être partie prenante des cœurs de civilisation qui rayonnaient dans le reste du pays, comme Fes, Marrakech ou bien Tanger, cette région devint peu à peu le lieu reclus de l’indicible, celui où l’on vient puiser richesses, collecter forces de travail, voiler ce qui ne peut être vu, oublier ce qui doit l’être.
Le vent fort et chaud fit se taire les horloges et avec elles tous les souvenirs des histoires humaines vécues en ces territoires.
Il fut un temps où la région enfin s’observa avec l’attention requise et, dans le regard des visiteurs de passage, de plus en plus nombreux, les femmes et les hommes du Sud Est Maroc comprirent qu’un trésor ici était à portée de main. Alors constituée de la réunion des trois principales cités, Ouarzazate, Zagora et Errachidia, la région effaça l’infamie de son surnom d’antan pour graver en fierté sur son front sa nouvelle appellation, « triangle d’or », en écho d’une économie touristique naissante qui voyait dans le désert, les vallées, les oasis et les architectures de terre les promesses d’un nouvel avenir.
Les pages du passé peu à peu se remirent à briller
Ce bout du Maroc devint la porte d’un ailleurs vers lequel on se pressait. La rudesse des paysages se révéla dans toute sa diversité, le silence se mua en sérénité, certains modes de vie, jusque-là regardés comme les signes d’un retard, furent redécouverts à travers leur sobriété et leur capacité d’adaptation à des milieux exigeants. Les sables du grand Sahara devinrent invitation au voyage et le soleil, jadis seulement éprouvé dans sa violence, devint aussi une ressource porteuse de nouveaux possibles.
Les pages du passé peu à peu se remirent à briller.
Les gravures inscrites depuis des millénaires sur les roches et les montagnes témoignaient d’une présence humaine ancienne et de mondes dont beaucoup reste encore à comprendre.
Les cultures qui ici s’étaient rencontrées, amazighes, juives, arabes, subsahariennes, avaient laissé dans les territoires leurs architectures et leurs mots, leurs chants, leurs gestes, leurs gastronomies, leurs croyances, leurs arts et leurs usages.
Les cultures qui ici se rencontrèrent, amazighes, juives, arabes, subsahariennes, pour inscrire dans les territoires de la région Sud Est leurs architectures, leurs chants, leurs gastronomies, tout de leurs arts et usages.
Des visages commencèrent à émerger à la surface du temps : des femmes et des hommes qui, par leur courage, leur audace, leur foi ou leur ingéniosité, avaient écrit des fragments de l’histoire de ces territoires. Tous ces héros, tragiques ou inconnus, ces affrontements et ces réconciliations, ces initiatives et ces échecs, ces souffrances et ces joies, ce tout, tissé les uns des autres, constitua le contenu d’une histoire devenue commune, celle de la région Sud Est du Maroc.
Midelt et Tinghir rejoignirent administrativement Ouarzazate, Errachidia et Zagora lorsque fut créée, en 2015, la région Drâa-Tafilalet.
Mais le Sud-Est marocain ne saurait se réduire à une frontière administrative. L’expression désigne aussi un espace géographique, historique et humain dont les contours se sont dessinés au fil des circulations, des alliances, des migrations, des échanges et des paysages. Un territoire de montagnes et d’oasis, de vallées et de plateaux, dont les histoires débordent souvent les limites tracées sur les cartes.
La part écologique de l’âme du Maroc
Le récit du Maroc s’écrit à plusieurs voix et celle du Sud-Est possède une tonalité singulière.
Parce qu’il porte les traces d’un passé lointain et foisonnant. Parce que plusieurs cultures y ont vécu, circulé, échangé et parfois disparu. Parce que ses architectures de terre, ses langues, ses traditions orales, ses gestes et ses savoir-faire constituent un patrimoine fragile. Parce que ses oasis et ses paysages racontent depuis des siècles l’adaptation des hommes à la rareté de l’eau et à la rudesse du climat.
Mais ce territoire n’est pas seulement un conservatoire du passé.
Il est vivant.
Ses sociétés changent, ses villages se transforment, certaines mémoires s’effacent tandis que de nouvelles histoires s’écrivent. Ses oasis affrontent de nouvelles fragilités, ses habitants inventent de nouvelles manières de vivre, de créer et de transmettre. Son patrimoine n’a de sens que s’il continue à dialoguer avec le présent.
À l’heure où la question de notre relation à la nature devient essentielle, le Sud-Est marocain possède peut-être quelque chose de particulier à nous dire : par son rapport à l’eau, à la terre, au climat et à la rareté, il est aussi la part écologique de l’âme du Maroc.
Le temps est venu de mieux faire entendre, au Maroc comme ailleurs, les voix du Sud-Est.
Retrouver les traces avant qu’elles ne disparaissent. Recueillir les mémoires de celles et ceux qui ont vu et vécu. Documenter les patrimoines, les savoir-faire et les traditions vivantes. Comprendre comment les lieux, les cultures et les hommes se sont rencontrés et continuent de façonner ce territoire.
Et raconter aussi son présent, ses transformations, ses initiatives et ceux qui aujourd’hui encore le font vivre.
Sudestmaroc.com cherchera à donner lumière, visages, voix et échos à cette histoire toujours en mouvement du Sud-Est marocain.
Crédit Photographie : Abdellah Azizi
www.azifoto.com




4 commentaires
Le Sud Est a vraiment une belle histoire et un avenir prometteur. Ce territoire est riche par sa nature, sa culture et son potentiel humain. Merci pour cette initiative de promotion des richesses de cette région du Maroc.
Quel plaisir de retrouver le magazine qui fait résonner et briller le sud-est marocain loin de ses territoires ! C’est une bonne initiative de l’avoir renommé au plus près de sa vocation et d’avoir ainsi affirmé son identité de porte-parole de cette belle partie du monde. Terre d’espoirs ancrée dans son histoire, le sud-est marocain est peut-être un phare lumineux vers lequel il est bon de se tourner quand tant de choses dans le monde semblent s’acheminer vers les ténèbres.
Merci à l’équipe d’Almaouja d’avoir repris le flambeau.
Ravi de retrouver l’esprit du Sud Est auquel je reste fortement attaché depuis mes 17 annèes d’enseignement au lycée Sijilmassa d’Errachidia. Suis toujours régulièrement sur le triangle Gourrama/Boudenib/Errachidia où je compte beaucoup d’amis chers à mon cœur.
C’est une vérité que d’appeler cette partie du Maroc triangle d’or.
S’en est une autre de l’appeler le Sud-Est du Maroc.
Quand sera-t-il de notre « partie du Maroc » ? Direz-vous « Extrême Sud-Est ?
Tout comme les météorologues, vous oubliez notre Bel Oasis de Figuig.
Nous qui avons été et sommes toujours les gardiens de notre frontière !
Des hommes et des femmes fiers, Orgueilleux de notre belle région.
Nous attendrons donc avec patience votre prochain voyage pour en écrire.