Réplique d’un squelette de dinosaure carnivore de type tyrannosauridé, présentée au musée des fossiles près d’Erfoud.
Réplique d’un squelette de dinosaure carnivore de type tyrannosauridé, présentée au musée des fossiles près d’Erfoud.

Brahim Tahiri, l’autodidacte d’Erfoud et son musée des fossiles

Par Abdeljalil Didi 30 avril 2012 3 commentaires

Parti travailler sur les sites fossilifères d’Erfoud à quinze ans, Brahim Tahiri a fait de sa passion pour les fossiles et les minéraux une aventure professionnelle et culturelle. Son musée privé, ouvert aux visiteurs et aux scolaires, témoigne d’un parcours singulier, à la rencontre des richesses géologiques du Sud-Est marocain et du monde scientifique international.

De journalier à connaisseur des fossiles

Brahim Tahiri a quitté les études à un âge précoce. Loin des bancs de l’école, il a travaillé comme journalier dans les sites fossilifères dès l’âge de quinze ans. L’enfant d’Erfoud s’est familiarisé avec son premier métier, qui le passionne de plus en plus.

Chemin faisant, il a rencontré un professionnel français dont il a appris beaucoup de choses. Brahim a amélioré ses connaissances dans le domaine des fossiles et minéraux à travers une riche documentation. Sa curiosité et sa discipline lui ont servi d’atouts dans son parcours d’autodidacte. Il passe alors d’un simple ouvrier à un fin connaisseur des fossiles, voire un spécialiste de la recherche géologique.

Le musée des fossiles et minéraux près d'Erfoud
Le musée des fossiles et minéraux près d’Erfoud

Brahim a monté son projet avec ses propres fonds. Il a acheté un terrain où il a installé son atelier et un musée. Des dizaines d’ouvriers travaillent alors à son compte. Son savoir et son expérience ne cessent de se développer. À son actif, une collection de fossiles rares.

Brahim participe à des expositions à l’étranger : Sainte-Marie-aux-Mines en France, Munich en Allemagne, Tucson en Arizona et Denver aux États-Unis.

Un musée pour transmettre un patrimoine

Cette réussite professionnelle s’accompagne d’un engagement moral à travers la mise en place d’un musée, le Museum of Fossils & Minerals, à Ksar Sifa, près d’Erfoud.

Un espace où sont exposées de merveilleuses pièces de fossiles et de minéraux dont le prix varie, à l’époque de notre reportage, entre 50 et 10 000 dirhams. Il est ouvert gratuitement à tout visiteur. Il accueille également des missions scolaires.

L’objectif de Brahim est de rapprocher le monde des fossiles et minéraux des enfants de la région. Son contact avec des professionnels internationaux et ses voyages lui ont servi d’école.

Loin de penser au seul gain de l’argent, le désir de développer le côté artistique, culturel et patrimonial des fossiles est son ambition. Son objectif est de vulgariser ce type de produits en le rapprochant d’un public large et diversifié, toutes catégories confondues.

Commence alors la réflexion d’associer la réussite personnelle au développement du territoire. La qualification des jeunes et la commercialisation des potentialités de la région en fossiles et minéraux sont pour lui les principaux leviers d’un tel but.

Une ambition légitime pour un homme qui est parti de rien. Un autodidacte qui avance en connaissances, en savoir-faire et en acquisitions linguistiques, notamment le français et l’anglais.

Brahim Tahiri ne fait que développer ce qui brille fort en lui. Il poursuit son chemin sans perdre de vue son objectif de base : promouvoir la dimension culturelle, artistique et patrimoniale des fossiles et minéraux.

Crâne d’une réplique de dinosaure théropode au musée des fossiles près d’Erfoud.
Crâne d’une réplique de dinosaure théropode au musée des fossiles près d’Erfoud.

Le musée Tahiri, entre collection privée et reconnaissance scientifique

Complément de la rédaction — octobre 2026

Au-delà du parcours personnel raconté en 2012, le musée de Brahim Tahiri occupe une place particulière dans l’histoire de la valorisation des fossiles marocains.

Dès 2009, le magazine américain Saudi Aramco World évoquait son activité dans un reportage consacré à l’économie des trilobites au Maroc. Il soulignait notamment sa contribution à la connaissance du patrimoine paléontologique marocain. Cette reconnaissance s’était traduite par l’attribution de son nom à deux espèces fossiles : un trilobite, Asteropyge tahiri, et un autre arthropode, Eoduslia brahimtahiri.

Plus remarquable encore, une publication scientifique parue en décembre 2012 dans la revue Palaeontologia Africana révélait l’existence d’une espèce jusqu’alors inconnue de bovidé fossile, baptisée Skouraia helicoides.

Découvert dans la formation d’Aït Kandoula, près de Skoura, à l’est de Ouarzazate, ce fossile du Miocène supérieur est constitué d’un crâne portant des noyaux osseux de cornes fortement spiralés. Son étude a permis d’enrichir les connaissances sur l’évolution ancienne des caprinés en Afrique.

Les chercheurs Denis Geraads, Siham El Boughabi et Samir Zouhri précisaient que le spécimen étudié était alors conservé au musée privé de Brahim Tahiri à Erfoud.

Ils soulignaient cependant les difficultés que peut présenter la conservation d’un spécimen scientifique de référence dans une collection privée. Le fossile était accessible aux chercheurs lors de leur étude, mais la question de sa conservation et de son accessibilité à long terme demeurait posée.

Approfondir : Consulter l’étude scientifique de 2012.

En 2018, une autre étude consacrée au commerce international des fossiles de l’Anti-Atlas citait l’atelier du musée Tahiri parmi les références en matière de préparation des trilobites. Elle rappelait que cette activité faisait vivre plusieurs dizaines de personnes, chercheurs de fossiles, préparateurs et employés du musée.

Museum of Fossils & Minerals, à Ksar Sifa, près d’Erfoud
Museum of Fossils & Minerals, à Ksar Sifa, près d’Erfoud

Un musée toujours ouvert aux visiteurs

En juillet 2026, un reportage du média marocain Al3omk confirmait la poursuite de cette aventure. Situé sur la route reliant Erfoud à Rissani, à environ onze kilomètres d’Erfoud, le musée continuait d’accueillir gratuitement des visiteurs, avec des visites commentées.

Ses collections rassemblent des fossiles provenant de différentes régions du Maroc : trilobites, ammonites, restes de dinosaures, mais également minéraux et météorites.

Le musée conserve ainsi sa double vocation : présenter au public plusieurs centaines de millions d’années d’histoire de la Terre et valoriser les savoir-faire développés autour de la recherche et de la préparation des fossiles.

L’initiative de Brahim Tahiri illustre finalement une réalité propre au Sud-Est marocain : dans cette région où les fossiles sont devenus une ressource économique, leur découverte peut aussi ouvrir la voie à la connaissance, à la transmission et à la reconnaissance d’un patrimoine géologique exceptionnel.

Crédit Photographie : Abdellah Azizi
www.azifoto.com

Avatar de Abdeljalil Didi

3 réponses à « Brahim Tahiri, l’autodidacte d’Erfoud et son musée des fossiles »

  1. Avatar de Josy
    Josy

    Félicitations à Brahim. Petite suggestion, je vois la foto d’un fossile mais je n’ai aucun élément pour l’identifer, une petite légende serai la bienvenue… Merci

  2. Avatar de Anonyme
    Anonyme

    Super initiative, tu devrais présenter quelques pièces …

  3. Avatar de Aziz
    Aziz

    Talab 3amal ok

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3 commentaires
  1. Félicitations à Brahim. Petite suggestion, je vois la foto d’un fossile mais je n’ai aucun élément pour l’identifer, une petite légende serai la bienvenue… Merci

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